À peine sorti de la gare de Rotterdam, André Kempe m’entraîne dans sa voiture vers l’usine Van Nelle conçue par Leendert Van der Vlugt et Joannes Brinkman (1926- 1931), qui monte lentement vers la voie rapide comme un monstre de verre et d’acier. Nous contournons le bâtiment principal et nous entrons au nord dans un de ses anciens entrepôts à proximité d’un canal. Un vaste espace libre éclairé zénithalement s’ouvre alors, où, sur des tables strictement alignées, les différentes équipes de nationalités différentes travaillent sur leurs projets respectifs parmi les plantes et les livres.
D’a : Comment êtes-vous venu à l’architecture ?
Je suis né en Allemagne de l’Est en 1968. Mes parents n’étaient pas architectes, mais, enfant et adolescent, je dessinais spontanément des bâtiments et des structures. Et un jour, en me regardant faire, mon père m’a dit, pensivement, que je pourrais peut-être devenir architecte. Je devais avoir une quinzaine d’années et cela m’a beaucoup impressionné. Peu de temps plus tard, j’ai rencontré un architecte que connaissait ma famille et qui m’a expliqué son métier, ce qui m’a conforté dans cette voie. Après le bac et le service militaire je me suis donc naturellement inscrit en architecture à Dresde, où j’ai rencontré Oliver Thill.
Nous avons passé toute notre jeunesse dans le monde communiste. Nous avons vécu la chute du mur de Berlin et nous avons ensuite connu, en commençant nos études, l’ouverture à l’Ouest et le capitalisme. Nous faisons partie de ce que l’on appelle en Allemagne la « génération heureuse ». Une génération qui n’a pas connu les frustrations des précédentes. (...) (...)