Copyright : ©Kuligowski Eddie
Si hier encore, à la fin du XXe siècle, patrimoine rimait avec vieilles pierres et monuments historiques avec chefs-d’œuvre en péril, aujourd’hui en ce début de troisième millénaire patrimonial rime à l’évidence avec environnemental. Pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que le patrimoine, c’est ce qui dure, ce que les générations se sont transmis au fil des siècles, ce qui est parvenu jusqu’à nous. Ce n’est pas sans raison que nos voisins britanniques emploient, eux, le mot « héritage ». Quoi de plus durable en effet qu’un bâtiment vieux de deux, trois ou quatre cents ans, ayant démontré au fil des siècles sa capacité à évoluer avec les usages comme à accueillir de nouveaux programmes, un bâtiment dont certaines parties ont déjà été transformées plusieurs fois, des ouvrages démontés et réemployés, d’autres éléments ayant été purement et simplement recyclés. L’actualité de l’été 2022, avec ses épisodes répétés de montée des températures, de sécheresse et d’incendie, mais aussi de pluies diluviennes et d’inondations un peu partout dans le monde – la France n’y échappant pas –, semble avoir convaincu même les plus réticents quant à la réalité du réchauffement climatique comme de la crise environnementale dans laquelle nous nous trouvons plongés. De nouveau, l’Homme a peur de la nature. La construction a sa part dans cette crise, d’autant que l’architecture est progressivement devenue, dans bien des cas, un bien de consommation presque comme un autre à cette différence près que son impact écologique est l’un des plus considérables qui soient. Comme tous les acteurs du monde de la construction, les architectes se doivent désormais de prendre leurs responsabilités; mieux, ils peuvent, dans ce contexte, devenir les acteurs d’une autre approche; il leur appartient maintenant de tracer de nouvelles perspectives sans pour autant renoncer à l’architecture, pas plus qu’à la création. 
En finir avec la logique de la table rase comme avec l’obsolescence de l’architecture.
Pour tracer de nouvelles perspectives, il faut d’abord en finir avec la logique de la table rase puis avec celle de l’obsolescence de l’architecture, perceptible depuis plusieurs décennies. Le premier phénomène a toujours vu et voit encore dans la démolition l’acte fondateur de tout projet, approche longtemps partagée par les différents acteurs de l’architecture, à l’exception notable de l’univers du patrimoine où la conservation a toujours prévalu. Bien que nous soyons de plus en plus nombreux à voir dans l’existant une ressource disponible, une richesse culturelle, et au-delà dans sa conservation une des réponses à l’enjeu environnemental, il est encore aujourd’hui beaucoup trop fréquent que la démolition soit considérée comme l’unique solution d’une équation dans laquelle le bilan financier est l’alpha et l’oméga de la prise de décision technique et politique. La démolition relève de l’anachronisme : démolir devrait être, dans beaucoup de cas, purement et simplement interdit; transformer devrait être systématiquement la première approche. Le second phénomène résulte de la combinaison de l’évaluation de l’architecture au regard des règles de la construction et de l’assurance avec le modèle de la société de consommation. (...)$##$

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