Pourquoi faudrait-il que 70 % des enseignants des écoles nationales supérieures d’architecture soient des docteurs dans leur discipline ?
Pour l’enseignement de l’histoire, de la sociologie et de l’économie, pourquoi pas. Il est sans aucun doute plus intéressant pour les étudiants d’avoir des enseignants engagés dans la recherche et susceptibles d’animer des séminaires qui forment à la recherche que des enseignants coupés des domaines dans lesquels ils ont été formés.
Depuis 2018, quand tous les enseignants des ENSA sont devenus comme par magie des enseignants-chercheurs, le ministère de la Culture a fixé ce pourcentage de 70 % de docteurs. Mais, curieusement, peu ont réagi et les écoles ont bricolé un pourcentage de 50 % de docteurs pour les nouveaux recrutés pour les concentrer sur les disciplines les plus susceptibles d’en comporter, comme l’histoire. Or depuis la rentrée 2025, le ministère de la Culture exige que ce pourcentage soit respecté pour tous les nouveaux recrutements, quelle que soit la discipline.
Depuis une dizaine d’années au moins, pour enseigner dans les disciplines « universitaires », la thèse est requise pour les maîtres de conférences et l’habilitation à diriger les recherches (HDR) pour les professeurs en histoire ou en sociologie, mais pas pour les ingénieurs, ni pour les architectes (la majorité des enseignants), ni pour les plasticiens qui dans leur grande majorité n’ont pas ce diplôme. Or même en histoire de l’architecture, il y a de moins en moins de candidats qui se présentent sur les postes de professeur. Une seule personne a été auditionnée en 2025 pour le concours de professeur en histoire à l’ENSA-Nantes, car les exigences d’obtention d’une habilitation à diriger des recherches (HDR) sont de plus en plus lourdes et que les maîtres de conférences sont surchargés par les tâches administratives. Parallèlement, les candidats qui viennent de pays où ce diplôme n’existe pas en sont exemptés. Enfin les départements d’histoire de l’architecture à l’Université sont de moins en moins pourvus en postes de professeur et encadrent moins de candidats en thèse, ce qui diminue encore le nombre d’enseignants dotés d’une HDR.
Pour revenir à cette obligation de 70 % de docteurs, le pourcentage semble une idée dangereuse. Même si la créativité des architectes repose sur des compétences variées et que la conception d’un projet réel recourt à des entreprises et à institutions nombreuses, les défis sont d’une nature très différente de ceux que rencontrent les chercheurs. Il n’est pas nécessaire pour être un bon enseignant de projet de passer une thèse, même si on peut encourager ceux qui le souhaitent à mener un doctorat en architecture. (...)