La 17e Biennale, celle qui aurait pu n’avoir pas lieu du tout, expose en 2021 un discours conçu avant la pandémie, qui espère néanmoins servir de programme pour l’après. Le commissaire Hashim Sarkis défend l’idée que la catastrophe sanitaire est au mieux un accélérateur du diagnostic qu’il présente, ou une distraction qu’il faut surmonter pour garder l’œil fixé sur les vrais défis qui se dressent devant nous : une crise sociale et environnementale qui menace toutes les formes de vie. « Comment vivrons-nous ensemble ? », s’interroge l’exposition. Mais est-ce encore une question à laquelle les architectes peuvent ou doivent répondre ? Le résultat de cette danse dans les ruines à venir marque peut-être un tournant historique, qui mérite de faire le voyage de Venise. Continuons notre visite des Giardini et de l’Arsenale.
Anthropocène, quand tu nous tiens…
Le sens aigu de la catastrophe environnementale est le thème majeur de cette édition volontiers latourienne, voire latouriste, qui emprunte autant à la sensibilité des courants proto-écologistes des années 1950-1970 qu’à l’actualité récente de la relance des programmes de conquête spatiale. La métaphore est efficace : les activités humaines transforment toute forme d’espace en excavation minière, jusqu’à l’épuisement. Les interrogations sur les colonisations de la Lune ou de Mars dessinent en creux ce que sera peut-être la vie sur Terre dans un futur plus proche qu’on ne le voudrait. Ce thème est l’objet de mises en scène multiples qui explorent des dimensions hybrides de l’art et de la science, plus rarement de l’architecture en tant que telle. (...)