Muet depuis l’inauguration de la Philharmonie, Nouvel rongeait son frein dans l’attente que ses avocats lui donnent le feu vert pour défendre l’honneur sali de son projet. Le 18 juin fut pour l’architecte une journée de marathon médiatique se clôturant par une rencontre au Pavillon de l’Arsenal. Après les médias et le public, il venait ici parler avec ses frères et sœurs architectes, une famille qui n’avait pas vu l’Oncle Jean depuis bien longtemps.
Dans un dialogue avec un Patrick Bouchain acquis à sa cause, Nouvel s’est défendu des accusations le rendant responsable des ratés de la Philharmonie, offrant le « traumatisme » subit sur ce projet pour prévenir des dérives à venir. Pourquoi pas une loi empêchant les maîtres d’ouvrages de saboter les bâtiments ? Sur le chantier de la Philharmonie, il aura tout vu : sous-traitance, incompétence, indifférences des travailleurs détachés sans égards pour le bâtiment qu’ils viennent réaliser, mépris du maître d’ouvrage. Les déboires ont eut l’effet d’un « wake up call » sur l’étoile blessée de l’architecture française, un signal d’alarme sur l’état de la profession, une discipline en péril que Nouvel veut désormais défendre et lui redonner son rôle social. On peut se réjouir que Jean Nouvel mette sa notoriété au service de cette cause, et regretter qu’il ne l’ait pas fait vingt ans plus tôt. Les architectes dénoncent depuis des années ce que Nouvel déplore et semble découvrir aujourd’hui. S’il veut les entraîner à sa suite, il devra les convaincre que son engagement ne tient pas qu’à la désillusion d’un chantier saboté, et que ce retour du frère prodigue n’est pas juste le fruit des circonstances malheureuses.