Yves Marchand et Romain Meffre, « De cette architecture qui fait les belles ruines »
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Ces ruines, qui semblent immuables et intemporelles sur les photographies, ne sont qu'un état transitoire dans l'histoire d'un bâtiment : une phase que le boom de l'immobilier tend à raccourcir de plus en plus. Alors qu'ils sont engagés dans leur travail, ils voient disparaître nombre de bâtiments photographiés, happés par la spéculation (Seguin, les Grands Moulins de Pantin) ou le traitement réservé aux lieux portant la « souffrance du travail » (les usines sidérurgiques), détruits en France alors qu'en Allemagne ces sites sont promis à un avenir touristique radieux. « Il reste quelques sites magnifiques, mais pour combien de temps ? Seule une forte pollution préserve de la destruction la papeterie Darblay, créée au XIXe siècle à Corbeil. » Devant la raréfaction de leur matière première, ils élargissent leur cercle à la province et à l'étranger : la Wallonie, l'Italie et les États-Unis, « une terre de bâtiments industriels ». Ils réalisent actuellement un reportage sur le centre historique de Detroit, ancienne capitale de l'industrie automobile, vidée de plus de la moitié de ses habitants par la crise économique et l'étalement urbain.
Éloge de la ruine
La quête photographique du patrimoine n'est pas sans ambiguïté. Si Yves Marchand et Romain Meffre se félicitent de la sauvegarde des bâtiments qu'ils parcourent, ils admettent également qu'une fois réhabilités, les édifices perdent tout leur intérêt photographique. Le patrimoine abandonné sert surtout de prétexte à l'éloge de la ruine et à l'édification de celle-ci en objet esthétique, suivant la tradition picturale incarnée au XVIIIe siècle par Hubert Robert. Dans sa peinture, la ruine anticipait un futur de l'architecture, rappelait un âge d'or, suggérait des reconstitutions. Aux XXe et XXIe siècles, les continuateurs d'Hubert Robert ont troqué les pinceaux pour l'appareil photographique et la Rome antique pour des sites moins agrestes : Prypiat, ville abandonnée près de Tchernobyl (Robert Polidori), les égouts de Tokyo (Naoya Hatakeyama) ou de New York (Stanley Greenberg), pour ne citer que quelques exemples. Comme chez Yves Marchand et Romain Meffre, leur travail est une constante exposition de la ruine, un retour vers la ruine comme lieu des possibles. Une interrogation paradoxale du lieu aussi redondante chez les photographes qu'elle semble étrangère aux architectes d'aujourd'hui. À croire qu'au XXIe siècle, l'architecture ne vieillit jamais et qu'évoquer l'éventualité de sa décrépitude équivaut à enfreindre un nouveau tabou.
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