L’art brut, défini comme tel par Jean Dubuffet en 1945 pour désigner des créations non reconnues par les institutions ou les galeries, a désormais gagné une pleine légitimité dans le monde de l’art moderne et contemporain. Pour d’excellentes raisons et notre plus grand bonheur.
Albert Moser est né en 1928 aux États-Unis, à Trenton, capitale du New Jersey. Il n’avait quasiment jamais montré ses étranges photographies de son vivant, si ce n’est à son entourage familial ou thérapeutique. Réalisées entre 1970 et 2005, elles ont été retrouvées dans sa chambre après son décès en 2022, modestement enroulées au fond d’un sac. Si elles étaient conservées par Moser sous cette forme, c’est parce que l’objet comme le sujet se prêtent bien à la figure de l’enroulement, un pli aussi bien matériel que spirituel. Albert Moser se consacrait en effet exclusivement à un mode très particulier de prise de vue : le panoramique. Jusque-là, rien de nouveau, car dès la fin du XIXe siècle de tels formats sont réalisés en une prise unique grâce à des dispositifs photographiques spécialement conçus. Mais les quelque trois cents panoramiques de Moser sont d’une autre nature et d’une autre matérialité. Ils résultent en effet de l’assemblage de plusieurs prises de vue, entre quatre et vingt, recoupées une par une puis scotchées bord à bord pour recomposer méticuleusement un paysage le plus large possible, jusqu’à se refermer sur lui-même. Ses bandes panoramiques mesurent jusqu’à 1,33 mètre.
© Albert Moser
Il disait rêver de faire « la plus grande photographie du monde » et, bien qu’il n’ait jamais ou peu exercé comme un professionnel, il s’affirmait comme tel et apposait au dos de tous ses panoramas un tampon qui l’affirmait : « Albert Moser, Photographe ». En utilisant systématiquement ce principe de composition, il saisit sur le vif des dizaines de scènes urbaines ou balnéaires, de Trenton à New York : des rues, des centres commerciaux, des lieux de loisirs et de promenades, dont il note précisément la localisation et la date, ainsi que la marque de l’appareil photo et le type de pellicule. Il utilise environ onze appareils photo différents, plus ou moins sophistiqués. Outre leur aspect spectaculaire, ses images, pleines de personnages, constituent aussi une précieuse documentation sur des usages et des formes urbaines pour la plupart disparus. (...)