Tout commence par une rencontre avec Rem Koolhaas, alors que, encore étudiant à l'Académie royale de La Haye, Iwan Baan se propose de réaliser une installation interactive documentant une exposition de l'OMA, puis de suivre la construction de la CCTV à Shanghai, une mission non encore achevée. Simultanément, il entreprend pour son propre compte des reportages sur des bâtiments remarqués ou remarquables de la production architecturale de ce début du XXIe siècle. Il impose un style de reportage comportant généralement des vues aériennes obliques faisant apparaître l'horizon, et une série de vues du sol peuplées de nombreuses personnes. Une présence humaine dont il entend faire sa marque de fabrique : « Je me demande pourquoi les architectes qui mettent de nombreux humains dans leurs images de synthèse les refusent dans les images de leurs bâtiments », s'étonne Baan, non sans malice.
À rebours du fuck context, ses images sont un plaidoyer pour l'élargissement du champ : cadrage ample, mise en valeur des accidents, la recette – pas si éloignée qu'on veut bien le dire de la photographie d'architecture dite « classique » – remporte un vif succès. Les « starchitectes » font appel à Baan, devenu de fait un maillon important dans le système d'édification de la World Architecture. Notre Hollandais volant croise-t-il son compatriote Rem dans les aéroports ? Reporter de l'architecture à l'ère de la globalisation et du numérique, Baan passe désormais rarement à Amsterdam, sa base, change tous les trois jours de pays, voire de continent, la piste du projet suivant lui étant souvent indiquée lors d'un reportage précédent.
Une dimension documentaire
« Finalement, remarque Baan, mon travail est assez éloigné de la photographie d'architecture. » Toujours en partance pour ailleurs, il a su transformer les contraintes du nomadisme aérien en atout, voire en style. Travaillant avec un matériel léger, des boîtiers 35 mm avec une série d'objectifs à décentrements, utilisant le pied au minimum, il ne remet pas un reportage à plus tard pour cause de météo. Le ciel bleu, règle presque incontournable des photographies d'architecture, n'est pas forcément de mise. Ses débuts en franc-tireur, hors des commandes des architectes, l'ont également libéré de l'obligation de produire les images de détails dont il est peu friand.
« Document » est un mot important pour le photographe qui, au-delà de reportages de très bonne tenue, entend décrire la façon dont les gens vivent l'architecture. Un tel projet peut-il se mener en survolant le monde ? Dans le carnet de voyage que Ban présente à la villa Noailles – 52 images prises en 52 semaines autour de la Terre –, le photographe s'essaye à nous en convaincre. Le corpus est toujours cette architecture de notoriété planétaire que les photographies de l'intéressé ont contribué à populariser. La sélection est parfois déconcertante, les images confrontant l'architecture à une certaine forme de trivialité la mettant en question. C'est la feuille morte qui, à Bâle, poussée par l'aspirateur de l'employé municipal, vole la vedette au Business Center d'Herzog et de Meuron, si lisse qu'on croirait une image de synthèse. Ce sont les employés indiens qui font leur toilette et pendent leur linge à travers des sculpturales baies corbuséennes du Parlement du Panjab-Haryana, ou les enfants qui renversent tous leurs Legos sur le sol de la maison dessinée par Neutra.
L'image pourrait sombrer dans l'anecdotique : la force de Baan est de savoir conserver à la confrontation une certaine crédibilité. S'obstinant dans cette veine, le photographe poursuit une recherche sur Chandigarh, dont un premier volet a déjà été publié chez Lars Müller. À l'avenir, il n'est pas exclu que Baan réduise la part d'architecture au profit d'un travail plus documentaire, s'éloignant alors d'un domaine qui, en quête maladive de photographes emblématiques, l'a déjà presque fait roi !






