Habitant de Sarcelles, il travaille à la MJC et pige pour une revue pour les jeunes agriculteurs pendant cinq ans. Ses reportages lui font entrevoir l’opportunité d’une vie en province. Il saisit l’opportunité d’une commande pour l’OREAM1 de Marseille pour s’installer dans le sud. On le retrouve ainsi dans le Panier, à Marseille, mais aussi au Pérou, toujours avec une ligne de conduite : « Celle d’une photographie que j’essaie de laisser ouverte mais questionnante. Je n’ai pas de solutions aux problèmes du monde, j’essaie seulement de les montrer, de proposer des images qui permettent un débat, des réactions, que ce soit en France ou à l’étranger. J’ai accompagné une ONG au Sénégal, je suis allé avec Pompiers sans frontières dans les barriadas (quartiers d’habitat informel) à Lima, en 2002, ou à Porto Alegre, avant le Forum social mondial, pour documenter pendant un mois des aménagements financés par des budgets participatifs. » Une quasi-mission, qui le pousse aussi bien à monter sur les tables pour photographier des ouvriers palestiniens construisant un quartier résidentiel en Cisjordanie, ou à grimper, à 80 printemps, sur un vélo pour documenter le quotidien des Bogotanais, à 2 600 mètres d’altitude.
Une décade à Sarcelles
"Ben y sont tout de même pas rasé ma cabane… Ginette m’aurait écrit », s’étonne Jean Gabin dans le film Mélodie en sous-sol en découvrant Sarcelles à sa sortie de prison. Jacques Windenberger s’installe en 1960 dans un foyer pour jeunes travailleurs du grand ensemble qui défrayait déjà la chronique, au départ pour sa forme urbaine inédite, qualifié par ses détracteurs de « sarcellite », à l’instar d’une maladie contagieuse.
Changeant d’appartements au gré des évolutions de sa situation familiale, il y restera dix ans, devenant témoin de l’intérieur d’une vie de cité. Réunions d’information avec l’architecte, visite d’hommes politiques, vieux Sarcelles, congrès de travailleurs, temps forts et faibles de la commune, coexistence de différentes communautés. Un monde rude, mais pas invivable. « Il y avait des solidarités forgées par des appartenances à différents partis, la télévision n’avait pas la même emprise qu’aujourd’hui. Il y a désormais des cloisonnements communautaristes qui n’existaient pas à l’époque », regrette Windenberger. Les images restituent ces relations sociales et cet univers doublement disparu, comme la tour où Jacques Windenberger avait habité, aujourd’hui démolie.
S’il n’apparaît pas dans la liste des grands maîtres de la photographie humaniste, Jacques Windenberger a amassé, à Sarcelles ou ailleurs, une documentation remarquable autant sur la forme que sur le fond. « On demandait au photographe qui allait en banlieue d’être dans le cliché et la noirceur, à l’antithèse de ma démarche qui ne vise pas le sensationnel. Il fallait être dans le cliché, je suis d’abord photojournaliste, toutes les images sont légendées précisément », insiste-t-il. En 2000, il a fait don à la BPI de 9 000 images tirées d’une collection de 400 000 clichés. Un temps disponibles en ligne, elles ne sont plus visibles aujourd’hui. En 2010, le collectif Argos est reparti sur les traces de Windenberger, dans six villes françaises qu’il a couvertes, tirant de ce travail un ouvrage appelé Gueule d’Hexagone2. « Il faut cinquante ans pour qu’émerge l’intérêt d’un travail documentaire », constate le photographe. En 2016, l’heure de revoir ses reportages est arrivée.
2.Collectif Argos, Gueules d’Hexagone, éditions Intervalles, 2012.
"Un même monde, parcours documentaire, 1956-2008," photos de Jacques Windenberger, textes de Jean-Marie Guillon, publié par Images en Manœuvres et les éditions des Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 2011.



