L’Atelier de l’ours, Bellevilles, Le vent se lève !, Meat, Nommos, tout terrain, UR. Les pages de la rubrique « Parcours » sont, ce mois-ci, consacrées à sept jeunes équipes lauréates du Palmarès des jeunes urbanistes 2024. Organisé tous les deux ans par le ministère en charge de l’urbanisme, ce prix met en avant des démarches dans les champs de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire qui explorent de nouvelles modalités d’action et qui alimentent les débats d’idées de la profession. Par le foisonnement des sujets, méthodes et processus de projet, cette dixième édition témoigne d’une génération qui cherche surtout à se mettre à l’écoute de l’imprévisibilité de l’époque et de l’urgence climatique. Le prix sera remis aux lauréats le 18 décembre prochain à Paris, conjointement au Grand Prix de l’urbanisme 2024 décerné à Claire Schorter, et s’accompagnera de la publication d’un ouvrage qui leur est consacré. Depuis sa création en 2005, le Palmarès des jeunes urbanistes reflète les évolutions d’une discipline dont le champ a toujours été large et la pratique très plurielle. Regarder agir les sept équipes lauréates de cette dixième édition suffit pour s’en convaincre au point d’interroger l’intitulé même du prix. Développer des projets immobiliers solidaires relève-t-il du métier d’urbaniste ? Soutenir les luttes écologiques contre des aménagements d’envergure ? Réparer les sols abîmés par les agissements humains ? Organiser un tribunal des controverses sur des thématiques urbaines ?Au-delà de la reconnaissance en tant qu’urbanistes que le prix leur accorde, cette jeune génération semble plutôt soucieuse de définir ses méthodes et processus de projet pour se mettre à l’écoute des mutations profondes de l’époque et des incertitudes dans lesquelles nous projettent le dérèglement climatique, l’effondrement de la biodiversité et l’épuisement des ressources. Sous ce prisme-là, ces équipes, dans la grande diversité des approches, partagent quelques affinités.
Le substratTout d’abord, ces équipes se méfient des postures dogmatiques et des modèles qui pourraient les enfermer dans des pratiques urbaines anachroniques. Il leur faut comprendre le substrat dans lequel elles interviennent et donc fabriquer de la connaissance, avec humilité. Et cette connaissance ne se limite jamais au champ disciplinaire ni au périmètre imparti. Elle s’attache au contraire à identifier, dans un va-et-vient permanent entre les échelles, la singularité et les dynamiques endogènes des territoires comme leur dépendance à des systèmes beaucoup plus vastes, à considérer leurs milieux et composantes physiques et sensibles, à embrasser et relier toutes les problématiques, sociales, politiques, économiques, environnementales… Précisons qu’aucune de ces équipes ne prend part à des études ou projets qui procéderaient de la tabula rasa, tristement toujours d’actualité. Leur matière à elles, ce sont les substances urbaines et périurbaines héritées de la modernité – tissus pavillonnaires, friches industrielles, zones d’activités économiques et commerciales… –, les métropoles densément habitées et pourtant confrontées à un ensemble de risques naturels, les territoires ruraux en déprise.
L’enquêteLoin de les effrayer, cette plongée dans la complexité les conduit à élargir le regard, à décloisonner la pensée, en s’entourant de nombreuses compétences, parfois éloignées de leur domaine (artistes, écrivains, artisans, philosophes…). Par sa touffeur, l’enquête apparaît plus juste que l’analyse factuelle et objective dans la mesure où elle est productrice de problématiques et questionnements ciblés, amorce la forme du projet et réoriente parfois la commande. L’enquête est insécable de l’exploration sur le terrain. Arpentages, résidences ou permanences architecturales et urbaines, ces temps d’immersion permettent d’observer et d’interagir avec l’environnement du sujet, de se confronter aux réalités (sociale, économique, politique…) mais aussi de nouer des relations de confiance avec les acteurs de terrain.Pour ces lauréats, l’urbanisme se mue en un art du soin. Qu’elles s’appliquent à un sol artificialisé, un bâti vacant, un site en friche ou un territoire, qu’elles portent sur la requalification d’un centre-bourg ou s’inscrivent dans un contexte métropolitain, les actions engagées ne sont jamais invasives. Elles ont toujours trait à la réparation, à l’adaptation, à la régénération. L’aménagement progressif, par « ajustements », se substitue au geste planificateur et à la culture du plan-masse. Quelle valeur sommes-nous prêts à donner à la préservation des sols encore vivants face à la pression foncière ? s’interrogent certains, en réponse à la thématique de la sobriété foncière sur laquelle les candidats étaient interpellés cette année.
Le récitIndéniablement, un certain courant de pensée incarné entre autres par Donna Haraway, Bruno Latour et Isabelle Stengers inspire cette jeune génération jusque dans son langage. « L’art du soin demande une culture du récit car ce sont les récits qui ouvrent l’imagination, qui préparent à aborder une situation dans sa particularité, à la rendre intéressante comme telle et pas seulement comme terrain pour l’application d’un savoir objectif », énonce Isabelle Stengers. De fait, le « récit » revient fréquemment dans (...) $##$ leurs propos, au risque de devenir rebattu. Récits prospectifs « capables de réenchanter les situations », qui « tra (...)
Le substratTout d’abord, ces équipes se méfient des postures dogmatiques et des modèles qui pourraient les enfermer dans des pratiques urbaines anachroniques. Il leur faut comprendre le substrat dans lequel elles interviennent et donc fabriquer de la connaissance, avec humilité. Et cette connaissance ne se limite jamais au champ disciplinaire ni au périmètre imparti. Elle s’attache au contraire à identifier, dans un va-et-vient permanent entre les échelles, la singularité et les dynamiques endogènes des territoires comme leur dépendance à des systèmes beaucoup plus vastes, à considérer leurs milieux et composantes physiques et sensibles, à embrasser et relier toutes les problématiques, sociales, politiques, économiques, environnementales… Précisons qu’aucune de ces équipes ne prend part à des études ou projets qui procéderaient de la tabula rasa, tristement toujours d’actualité. Leur matière à elles, ce sont les substances urbaines et périurbaines héritées de la modernité – tissus pavillonnaires, friches industrielles, zones d’activités économiques et commerciales… –, les métropoles densément habitées et pourtant confrontées à un ensemble de risques naturels, les territoires ruraux en déprise.
L’enquêteLoin de les effrayer, cette plongée dans la complexité les conduit à élargir le regard, à décloisonner la pensée, en s’entourant de nombreuses compétences, parfois éloignées de leur domaine (artistes, écrivains, artisans, philosophes…). Par sa touffeur, l’enquête apparaît plus juste que l’analyse factuelle et objective dans la mesure où elle est productrice de problématiques et questionnements ciblés, amorce la forme du projet et réoriente parfois la commande. L’enquête est insécable de l’exploration sur le terrain. Arpentages, résidences ou permanences architecturales et urbaines, ces temps d’immersion permettent d’observer et d’interagir avec l’environnement du sujet, de se confronter aux réalités (sociale, économique, politique…) mais aussi de nouer des relations de confiance avec les acteurs de terrain.Pour ces lauréats, l’urbanisme se mue en un art du soin. Qu’elles s’appliquent à un sol artificialisé, un bâti vacant, un site en friche ou un territoire, qu’elles portent sur la requalification d’un centre-bourg ou s’inscrivent dans un contexte métropolitain, les actions engagées ne sont jamais invasives. Elles ont toujours trait à la réparation, à l’adaptation, à la régénération. L’aménagement progressif, par « ajustements », se substitue au geste planificateur et à la culture du plan-masse. Quelle valeur sommes-nous prêts à donner à la préservation des sols encore vivants face à la pression foncière ? s’interrogent certains, en réponse à la thématique de la sobriété foncière sur laquelle les candidats étaient interpellés cette année.
Le récitIndéniablement, un certain courant de pensée incarné entre autres par Donna Haraway, Bruno Latour et Isabelle Stengers inspire cette jeune génération jusque dans son langage. « L’art du soin demande une culture du récit car ce sont les récits qui ouvrent l’imagination, qui préparent à aborder une situation dans sa particularité, à la rendre intéressante comme telle et pas seulement comme terrain pour l’application d’un savoir objectif », énonce Isabelle Stengers. De fait, le « récit » revient fréquemment dans (...) $##$ leurs propos, au risque de devenir rebattu. Récits prospectifs « capables de réenchanter les situations », qui « tra (...)
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