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À voir la complexité du chantier engagé par les auteurs de ce catalogue – circonscrire ce qu’a pu représenter l’AUA dans l’architecture française depuis cinquante ans –, on comprend que personne n’ait pris le risque avant eux de s’y lancer. Leur apparition sur la scène architecturale (avec aussi l’Atelier de Montrouge) marque en effet une véritable rupture : ses protagonistes ne sont pas des héritiers, leur association est mouvante, pluridisciplinaire et fortement politisée (voir p. 28 l’article de Jean-Claude Garcias sur l’exposition en cours à la Cité dont est issu ce catalogue). Incarnant l’idée de collectif, leur éclatement marquera aussi la prise de pouvoir de certains sur l’enseignement (Ciriani) ou la commande (Chemetov). Leurs oeuvres, pourtant nombreuses, sont peu connues, ne sont pas devenues des icônes et sont aujourd’hui souvent menacées de ruine ou de destruction. Elles incarnent à la fois l’optimisme et la générosité d’une architecture qui se voulait au service du peuple mais qui – peut-être aussi pour cette raison – revêt désormais pour le grand public à l’image repoussoir de la banlieue. Ce catalogue rassemblant les signatures parmi les plus brillantes de nos chercheurs était très attendu. Au-delà de l’intérêt qu’y porteront les architectes, il pose un jalon essentiel dans la construction de l’historiographie de la France des Trente Glorieuses.

AUA. Une architecture de l’engagement 1960-1985, Jean-Louis Cohen et Vanessa Grossman, Éditions Dominique Carré et Cité de l’architecture & du patrimoine, 22 x 28 cm, 320 p., 45 euros