Si Lucien Hervé a trouvé dans l’architecture de Le Corbusier comment développer sa fascination pour la géométrie et les jeux d’ombre et de lumière, Lucien Clergue a trouvé dans l’architecture d’Oscar Niemeyer un univers qui renvoyait pleinement à sa propre obsession pour les courbes féminines. Le Corbusier reconnaissait la valeur intrinsèque du travail d’Hervé, il y voyait surtout un formidable moyen de diffuser ses idées. Clergue, lorsqu’il rencontre Niemeyer, est déjà célèbre pour ses photographies de nues qu’admiraient tant Picasso et Cocteau. L’architecture n’a encore jamais été pour lui un sujet de prédilection. C’est l’éditeur de Clergue qui organise la rencontre entre les deux hommes à Rio en 1962, pressentant que son auteur saurait mieux que quiconque retranscrire la sensualité de l’architecture de Brasília si chère à Niemeyer. C’est davantage à une histoire d’amitié et d’échange à laquelle on assiste. Pour ceux qui ont eu la chance d’être reçu par l’architecte brésilien dans son bureau de Copacabana, l’accueil – toujours chaleureux – se faisait toujours devant la célèbre photo des trois nus féminins de Clergue. Après quoi, déjà centenaire et debout devant ses invités, le maître esquissait à longs traits les derniers projets qu’il avait conçus. Immanquablement, sa main traçait sur le calque les mêmes courbes que celles de la photographie ! C’est l’histoire de cette rencontre artistique que retrace ce très beau livre, hommage parfait à l’architecte disparu il y a tout juste un an, à l’âge de 104 ans.
Turck Eva Monika, Lucien Clergue. Brasilia, Éditions Hazan, 204 p., 55 euros.