Après avoir composé le code de la porte, je quitte la bruyante et cosmopolite rue d’Avron pour basculer dans un autre monde, proche de la peinture du réalisme métaphysique des années 1930… Une cour étroite et allongée mène vers une imposante construction en fonte et en verre, une ancienne fabrique de sacs à main qui abrite aujourd’hui une école d’escalade. À gauche, un petit jardin luxuriant sert d’écrin à un élégant pavillon. C’est au premier étage du bâtiment qui le jouxte que je trouve le bureau de Frédéric Bonnet, séparé par l’escalier de la grande pièce où s’affairent ses collaborateurs et des associés. Sa fenêtre cadre un improbable collage de descentes d’eau et de toitures parisiennes en zinc sur un fond de murs en briques : une vue rêvée pour prendre du recul et méditer sur les nouvelles manières d’aborder le métier d’architecte… D’a : Vous avez combiné tout au long de votre carrière une activité de praticien, de chercheur et d’enseignant…En effet, j’ai longtemps enseigné à Clermont-Ferrand et j’enseigne maintenant à Saint-Étienne, l’école où j’ai commencé mes études. Après la pandémie, comme beaucoup de métropolitains, j’ai quitté Paris où j’ai vécu pendant plus de trente ans pour m’installer à la campagne avec ma famille. Un choix qui m’a permis de me rapprocher de l’ENSASE, où je suis très présent. J’ai monté en deuxième cycle un domaine d’études intitulé « Transitions » avec une équipe réunissant des personnalités très contrastées et complémentaires pour réfléchir et travailler sur les nombreuses échelles concernées par le projet architectural.Depuis quinze ans, je me rends aussi toutes les semaines à Mendrisio, dans le Tessin. J’y enseigne cette fois seul le projet, devant une vingtaine d’étudiants réunis en atelier. Une approche expérimentale et prospective qui s’étend à tous les objets du territoire. Nous avons ainsi travaillé sur le devenir des 100 kilomètres d’autoroute entre Genève et Aigle (dans le canton de Vaud), le long du lac Léman, dans les cinquante années à venir. D’a : Être engagé dans deux écoles, en plus de l’agence, n’est-ce pas beaucoup ?C’est au contraire un dispositif qui fait partie intégrante des fondamentaux d’Obras. Quand nous avons créé l’agence avec Marc Bigarnet, nous avons aussi décidé de nous investir à temps plein dans l’enseignement. Tout est ainsi très entremêlé : les thématiques passent des cours aux travaux pratiques, des travaux pratiques aux projets réels, des projets réels aux conférences et aux publications et inversement… Par ailleurs, notre équipe qui oscille entre 12 et 14 personnes a toujours été constituée d’étudiants venant de Clermont, de Marne-la-Vallée, de Saint-Étienne, comme de Lyon et de Lille, des écoles où Marc et moi avons enseigné et enseignons encore. Certains ont été stagiaires et, devenus architectes, collaborent toujours avec nous. Lucas Juszczak et Aurélien Rabary étaient dans ce cas et sont récemment devenus nos associés, ils participent activement à la régénérescence de notre agence.Avec l’équipe de « Transitions », nous appréhendons l’architecture par $##$le biais du territoire. Cette année, nous avons travaillé avec Ma (...)
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