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Les romans de Maryline Desbiolles ont toujours accordé une grande importance à l'espace. Souvent dépourvus de psychologie, ses personnages trouvent leur profondeur dans la description des lieux qu'ils occupent : les terrasses et les restanques d'Anchise, les grands appartements blancs et vides d'Amanscale. Ce dernier livre, dans lequel les trajectoires des différents protagonistes sont étroitement liées au destin d'une ville imaginaire guettée par une catastrophe imminente, semble s'inscrire dans une certaine tradition littéraire. On pense à Ernst Jünger dans Sur les falaises de marbre ou Julien Gracq pour Le Rivage des Syrtes. Le texte qu'elle vient de publier sur le terminal Nord du tramway réalisé par Marc Barani à Nice renouvelle le discours critique en opérant un décadrage. Comme si l'auteure semblait moins s'intéresser au bâtiment lui-même qu'à ce qu'il permet de voir et même de penser.

DA : Aviez-vous déjà écrit sur l'architecture ?

Maryline Desbiolles : Non, seulement un court texte sur le cabanon de Le Corbusier à Roquebrune-Cap-Martin qui m'avait été commandé par la Drac. Je l'ai écrit à l'époque où j'étais en train d'aménager mon bureau dans une ancienne étable à cochons. Ce que j'ai compris de cette habitation minimale où le percement de chaque ouverture, de chaque arrivée d'air ou de lumière, semblait avoir été longuement prémédité, m'a permis d'accorder une respiration à l'espace exigu de mon étable.

J'ai vraiment été éblouie par Le Corbusier. Même si je n'habiterais pas forcément ses maisons, il m'a permis d'habiter la mienne, qui est modeste d'une autre manière. Dans mon bureau minuscule, sa pensée est présente, il m'a fait entrevoir la possibilité d'un espace plus fluide, plus lumineux. (...)$##$

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