Depuis dix ans, Karola Dierichs et Achim Menges dirigent un
laboratoire de recherche fondamentale à l’université de Stuttgart. Explorant
les possibilités numériques des matériaux, ils se sont intéressés aux
possibilités techniques des agrégats – tels que le sable ou les flocons de
neige –, à l’aide d’une installation pour la première fois testée en 2015.
Cette année, le perfectionnement de leur « ICD Aggregate Pavilion » permet
de dresser la synthèse de leurs recherches. En résulte un délicat écrin
constitué d’étoiles blanches et de sphères gonflables.
Si cette structure paramétrique peut évoquer l’antre secret de Superman, elle soulève néanmoins une question encore irrésolue : pourquoi le monde de la construction n’est-il pas encore entré dans l’ère numérique ?
« La construction actuelle
est presque entièrement pré-numérique, prévient Karola Dierichs. C’est d’ailleurs
la moins numérisée de toutes les industries, loin derrière l’agriculture, la
pêche ou la sylviculture. » Partant ce constat, et en parallèle de leurs
études sur le bois, l’acier, le béton ou les fibres composites, les chercheurs
de l’Institut du Design et de la Construction computationnelle (ICD) de l’université
de Stuttgart ont exploré les capacités offertes par les agrégats. « Dans
la nature, de grandes masses inanimées de substances granulaires – telles
que le sable ou le gravier –, sont en processus de formation constants au
cours de cycles perpétuels d’érosion et d’accumulation. Et si l’architecture
imitait ce comportement et permettait sa propre reconfiguration continue ? »(...)