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Inauguré en avril dernier, Campus MaNa est un lieu de formation professionnelle consacré au design, à l’architecture, aux arts et aux métiers d’arts. Les fondateurs – Thomas Dariel (designer) et Sophie Dariel, tous deux à la tête de l’éditeur de mobilier Maison Dada – ont installé ce campus en pleine campagne, dans l’ancienne annexe de l’École vétérinaire de Maisons-Alfort, à Champignelles-en-Puisaye (Yonne). MaNa, en référence à Manufacture nationale, place la transmission des savoir-faire et le travail de la main au cœur des pratiques. Le campus accueille les résidents professionnels en immersion durant plusieurs jours (de trois à dix jours). De tous horizons professionnels, les futurs apprenants – nommés MaNaïstes – partagent collectivement leur quotidien et leurs expériences, et repartent enrichis de celles des autres dans une synergie créative.

La pédagogie

Le Campus Mana est soutenu par le ministère de la Culture et la Région Bourgogne-Franche-Comté, l’Institut national des métiers d’art (INMA) et les Journées européennes des métiers d’art (JEMA), et il est certifié Qualiopi. Deux types de formations y sont proposés : « Découvrir des savoir-faire », qui s’adresse à tous les publics désireux d’élargir leurs champs de compétences autour des métiers d’arts, ainsi que « Design, Architecture et Art », qui s’adressent aux professionnels avec minimum cinq ans d’expérience (à justifier par l’envoi d’un portfolio). Ce format réunit un créateur de renom et un artisan expert autour d’une problématique. Une formule qui permet aux futurs apprenants de partager collectivement leurs expériences, d’acquérir une méthodologie créative et de structurer leurs imaginaires. Après quelques formations délivrées en 2023 – dont deux présentées ici –, un nouveau programme débutera en avril avec, entre autres, « L’architecture dans un contexte de climats extrêmes ? », formation animée par les architectes Jacob+MacFarlane, « Les façades bio-inspirées », animée par l’architecte-ingénieur Estelle Cruz, membre de l’équipe Ceebios, et « Du détail à l’utopie », animée par le designer graphique Ruedi Baur.

 

« Temps, vitesse, cadence, lenteur »

Le workshop d’octobre 2023 animé par le designer Erwan Bouroullec questionnait le critère fondamental du temps dans la production d’objets manufacturés, la notion de vitesse, mais aussi la cadence de production sans l’opposer à la lenteur. Durant dix jours, le designer a proposé de partager une expérience immersive et spéculative où l’ultra-vitesse était remplacée par l’observation. On y a collecté des expériences et élaboré des hypothèses. De cette première étape de réflexion, les huit apprenants accompagnés du designer et de Tristan Colafrancesco, expert métal, ont réalisé en atelier trois projets de tailles diverses, monumentales ou plus petites, une réponse collective en l’état sur un instant T. La finalité de ces dix jours de workshop sera éditée dans un livre, en cours de réalisation avec les MaNaïstes.

<www.bouroullec.com>

 

« Habiter la fenêtre »

 

Animé en septembre dernier par l’architecte Jacques Ferrier, son assistant le docteur Clémentin Rachet et le maître d’atelier ébéniste Mathieu Luzurier, le workshop « Habiter la fenêtre » proposait aux futurs apprenants de repartir de zéro et de s’ouvrir à de multiples possibles, dans une pratique transversale et sans dissocier le geste de la pensée. Après une première semaine de réflexion, de conférences et de débats sur le désir d’usage, la liberté d’appropriation et les performances écologiques, le projet a pris la forme d’une fenêtre concept. L’équipe des six jeunes professionnels en formation s’est attelée à sa construction à l’échelle 1, dans l’atelier bois de 400 m2. Côté intérieur, la fenêtre se transforme en table, chaise… Côté extérieur, la fenêtre se projette par un bow-window et un balcon vivant, au garde-corps réalisé avec des bois glanés dans la forêt voisine, réceptacle de l’eau de pluie, support de plantations et nid pour la biodiversité. Un rideau de laine Lelièvre assure un rôle visuel et thermique. « Le résultat de ces deux semaines montre tous les possibles qui s’ouvrent quand on s’approprie la technique et que l’on considère la fenêtre non pas comme un objet de série mais comme un lieu, un seuil entre l’intime et le paysage qui offre de multiples façons de l’habiter au quotidien », selon Jacques Ferrier. L’architecte reviendra en septembre 2024 pour un nouvel atelier sur le thème de « La porte et le seuil ».

<www.ferriermarchetti.studio>
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