Cette
consultation semble symptomatique d'un retour à une architecture
parlante qui se fixe pour objectif de concevoir non des constructions
se donnant clairement pour ce qu'elles sont, mais des événements
cherchant à réorienter le destin du site dans lequel ils
s'insèrent.
La
mairie de Nîmes souhaitait de nouveaux propylées pour mieux
accueillir ses visiteurs et les inciter à accomplir un parcours
initiatique à travers le cours de son histoire. Elle a organisé une
consultation internationale pour un nouveau musée, dont la
scénographie rappellerait à ses habitants comme aux touristes la
place de la ville dans l'Empire romain. Elle leur permettrait de
positionner aisément ses différents monuments, à la fois dans
l'espace et dans le temps : les arènes, la Maison carrée, la
source, la tour Magne… Prévu en plein centre-ville, face aux
arènes, l'édifice se poursuivrait dans un jardin archéologique
conçu autour des vestiges des anciens remparts de la cité.
La
Ville voulait expressément un bâtiment iconique capable d'engager
avec les arènes le même type de dialogue que Norman Foster et son
Carré d'art avaient su tisser plus loin avec la fameuse Maison
carrée. Une architecture capable de donner l'image d'une ville
fortement ancrée dans le passé, tout en restant engagée dans
l'avenir.
Plutôt
que de construire un « musée d'art romain » ou un
« musée archéologique » pour abriter ses collections et
ses récentes découvertes, notamment deux grandes mosaïques, la
mairie a préféré demander aux trois architectes internationaux
sélectionnés de réfléchir sur la question de la « romanité »
et de produire des projets/dissertations. Comme si, dans
l'après-Guggenheim de Bilbao, l'architecture devait mettre entre
parenthèses sa fonction d'accueil pour devenir performative et
modifier la destinée des villes qui la convoquent à leur chevet :
leur accorder une nouvelle identité, les réenchanter.