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Au Pavillon de l’Arsenal, l’exposition « Construire léger et décarboné » met à l’honneur trente-cinq projets dont le faible impact carbone est une réponse constructive et architecturale aux nouvelles contraintes réglementaires. Fruit du travail de Philippe Rizzotti, et en collaboration avec plusieurs écoles d’architectures (ETH Zürich, ENSAP Lille, ENSA Nancy), elle interroge le rapport entre le poids des constructions et la quantité du carbone dégagé lors de son exécution. D’autres paramètres, telles que la quantité des composants employés et la complexité du chantier, enrichissent l’analyse et mesurent l’efficacité et la flexibilité des ouvrages  présentés. 

L’analyse de ces trente-cinq projets se poursuit de manière chronologique, en prenant comme point de départ la Wichita House (1929-1947) conçue par le pionnier de l’architecture légère, Richard Buckminster Fuller. Autour, les panneaux et les fermes qui composaient autrefois la maison 8x8 BCC « tout bois » de Jean Prouvé et Pierre Jeanneret, sont suspendus aux murs. L’acte de déconstruction est le geste marquant du processus d’analyse mis en place par Philippe Rizzotti. Des axonométries des modules, des composants, et des pièces, réalisées à partir des maquettes numériques, illustrent  les projets. Le chiffrage de chaque matériau employé, avec sa part en masse et en carbone, synthétise ce travail titanesque de dessin en une valeur clé : la quantité de CO2 émise par mètre carré de construction. Cette unité fait écho à la future réglementation environnementale, la RE2020.


Ce processus de décomposition analytique fut préalablement testé par Rizzotti lors de la construction d’une résidence d’artiste mobile et évolutive, la Factatory (2012-2020). Il paraît d'autant plus pertinent à la veille de la RE2020, qui entre en vigueur dès janvier 2022 pour les logements collectifs et les maisons individuelles. Cette réglementation fixe les seuils de quantité de gaz à effet de serre émise à 640 kg de CO2 équivalent par mètre carré pour l’habitat individuel, et 720 kg de CO2 équivalent par mètre carré pour l’habitat collectif. Or, à ce jour, une construction neuve en France émet le double de ces valeurs limites. Si l’utilisation des matériaux bio et géosourcés à faible impact carbone semble une évidence pour réduire les émissions, leur emploi reste aujourd’hui limité. En attendant que ces techniques de construction se généralisent, l’exposition met en valeur une autre voie: l'allègement du poids des bâtiments.


En répondant aux attendus réglementaires, l’analyse des ouvrages exposés court le risque de se restreindre à une vision purement techniciste. Cependant, son enseignement s’affranchit de cette limite. S’il est indéniable qu’une des finalités de l’étude est de chiffrer des projets exemplaires, une autre préoccupation majeure est la constitution d’une boîte à outils pratique. Au-delà des calculs et des pièces cataloguées, l’exposition atteste que les architectes, en absence des réglementations et des outils sophistiqués d’analyse de cycle de vie, parviennent à construire des habitats vertueux et qualitatifs : en employant les matériaux en juste quantité, en rationalisant la construction et en menant le travail en tandem avec les entreprises. Cela s’applique sur une vaste étendue des techniques et des matériaux de construction modernes : charpentes métalliques, ossatures bois, coques en plastique moulé, modules préfabriqués, panneaux CLT… qui illustre le panorama du possible sans faire autorité. Enfin, la démarche de calcul, essentiellement réduite à des multiplications, aspire à vulgariser, et donc démocratiser, des procèdes dont la mise en œuvre est aujourd'hui fastidieuse.

 

Construire léger et décarboné – L’empreinte d’un habitat

Jusqu’au 27 février 2022 au Pavillon de l’Arsenal  (21 boulevard Morland, 75005 Paris)

Entrée gratuite 

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