Copyright : ©François Baudry
Quand on arrive à La Buisse depuis le Sud, la ligne droite de la route longe les falaises des premiers contreforts de la Chartreuse. A cet endroit la montagne est saignée par la carrière Balthasar-et-Cotte. Le paysage a la teinte claire
du calcaire tendre et poussiéreux qui en est extrait. La lumière vive est accentuée par la réverbération du rocher laissé à nu. Un beau corps de ferme marque l’entrée du village. Implanté perpendiculairement à la route en lisière de champ, il est fait de deux constructions abritées sous un même toit. Sa façade Sud est protégée par une allée d’arbres. Un mur de clôture accompagne l’entrée. La partie habitation se distingue par sa modénature soignée. La grange est plus rustique et les murs sont faits d’un enduit fouetté à la branche. Un préau couvert sépare les deux entités.
 
 Les ateliers municipaux apparaissent derrière cette première bâtisse. Ils semblent être là depuis longtemps. Le bâtiment est implanté parallèlement au corps de ferme. Le volume est simple. Il s’étire sous un grand toit qui réunit deux constructions d’époques différentes. La plus ancienne est enduite dans les tons sable du paysage. La plus récente est faite d’un soubassement en béton et en pierre qui longe la route pour former un mur de clôture sur toute la longueur du terrain. Sa partie haute est en bois sombre et laisse filtrer la lumière. Il est difficile de donner une échelle à ce bâtiment qui semble tracé d’un seul geste. Seules les grandes lucarnes qui émergent du toit nous rappellent qu’il est habité. Il est étonnant comme la transformation de ce hangar ordinaire a qualifié l’entrée du village. L’intervention a apporté à cette construction une ampleur qu’elle n’avait pas. Le bâtiment d’origine a trouvé sa place grâce aux nouveaux travaux qui l’inscrivent plus soigneusement dans ce lieu. 
Avant restructuration, le site était constitué de plusieurs entrepôts sans grande qualité. Le projet de rénovation concerne le bâtiment le plus récent, une ancienne menuiserie en parpaings construite au début des années 2000. La commune avait prévu de reloger les services techniques dans ce bâtiment, de déplacer le centre de secours dans un hangar en charpente métallique se trouvant sur l’arrière du site, et de démolir les entrepôts les plus importants au centre de la parcelle. Le projet a une dimension urbaine et l’une des ambitions affichées est de qualifier l’entrée de village. 
 
Les principes d’intervention ont été définis en fonction des caractéristiques de l’existant. L’ancienne menuiserie est rénovée pour loger l’atelier et les bureaux. Une extension est construite dans le prolongement de la menuiserie jusqu’à la route pour abriter l’espace de remise. Les bureaux sont aménagés dans les combles en surélevant la toiture afin de trouver la hauteur sous plafond nécessaire. Les alvéoles de stockage des matériaux sont réalisés dans un nouveau mur de clôture qui permet de séparer l’activité du centre de la voie de circulation. Seuls les bureaux et les vestiaires sont isolés et chauffés. Il n’y a qu’à cet endroit que l’on trouve du second œuvre. A contrario, les autres espaces sont laissés bruts. L’atelier n’est isolé qu’en toiture tandis que la remise n’est volontairement pas étanche à l’air. La nouvelle avancée de toiture sert d’abri pour les véhicules du centre en prolongeant le préau existant en façade nord.  
 
Le relevé précis de l’existant permet de conserver tous les ouvrages qui peuvent l’être, en les réparant, en les adaptant et en cherchant à limiter au maximum l’ampleur des travaux. La couverture en bac acier sous laquelle apparait d’importantes traces de condensation est remplacée par une couverture en zinc sur volige. La charpente est renforcée en doublant les pannes et en ajoutant des chevrons qui reprennent les dépassées de toiture. Les bois abimés sont moisés ou remplacés. La charpente est traitée au goudron de bois. Ce traitement lui confère une teinte sombre et uniforme qui harmonise les ouvrages neufs et anciens. Par contraste, seule la volige est laissée en bois blond. La charpente qui semblait frêle devient cossue. Le soin mis dans la mise en œuvre des matériaux confère au bâtiment une profondeur qu’il n’avait pas. 
 
Les maçonneries en mauvais état sont réparées par l’ajout d’un chainage horizontal en tête de mur et par la réalisation d’agrafes qui relient les linteaux des baies aux angles de façades. Le chainage sert d’arase aux deux lanterneaux qui sont créés en toiture pour surélever les combles. Les fondations de l’extension viennent butonner les murs existants afin de stabiliser leur déplacement. Le trou de la prise d’air de l’ancien compresseur qui se trouvait en façade sud est agrandie et transformée en baie qui s’ouvre sur le paysage.  Les murs intérieurs sont traités contre le salpêtre par l’application d’un lait de chaux qui éclaircit la remise.
 
Les menuiseries existantes sont conservées. Les bois sont égrainés et traités au goudron de bois comme la charpente. Les vitrages sont remplacés par du double vitrage. Le volet de la remise est réparé, renforcé et remis en place. Le même travail de réparation appliquée est réalisé pour le plancher de l’étage, les installations électriques et le mobilier existant. Il n’y a que l’escalier intérieur qui est remplacé par un escalier en serrurerie plus confortable. Les marches sont soudées sur place. L’acier est laissé brut de calamine pour conserver les marbrures du laminage et donner à voir le travail de l’artisan. Ce nouvel ouvrage aux arêtes vives habille l’espace intérieur.  
 
L’extension est construite avec l’évidence des anciennes granges. Un mur maçonné crée le soubassement de la remise. Il est réalisé dans un mélange de béton maigre et de blocs calcaires faiblement appareillés. Il a la teinte chaudes et rugueuse de la falaise qui est derrière. Il s’apparente aux murs de propriété que l’on trouve ailleurs sur la commune. Des prototypes réalisés durant les études avaient permis de définir comment fabriquer cet ouvrage pour qu’il est l’aspect rugueux des anciens murs. La charpente bois est directement posée sur cet ouvrage. Elle est composée de fermes de grandes portées. Les entrais sont moisés afin d’utiliser les bois massifs issus des forêts à proximité. Un closoir en larges planches couronne le haut de la remise. L’intérieur est simplement éclairé par le jour laissé entre ces planches. La toiture est réalisée dans la continuité de l’existante. Elle réunit les deux volumes pour qu’ils ne forment qu’une entité. Son large débord affine la silhouette du bâtiment. Côté champ, les eaux de pluie coulent directement du toit dans une noue creusée en pied de façade. La végétation spontanée qui y pousse marque la limite du terrain.
 
Ces travaux de transformation appliquée d’un existant nous questionnent. Ils nous racontent une manière de construire la ville par sédimentation dans laquelle chaque génération améliorerait peu à peu ce que lui a légué les précédentes. Il n’y a là ni grand geste, ni remise en cause brutale, mais une continuité respectueuse des vies qui se sont déroulées là auparavant, en espérant que les générations suivantes suivent la même philosophie. 
 

MOA : Commune de La Buisse. MOE : ACTM + ESEB + SORAETEC + AXIOME + MMO. Surface : 614 m². Budget : 782 000 €. Date : livraison novembre 2023 

 
ImageImageImageImageImageImageImageImageImageImage