Maîtres d'ouvrages : RATP Habitat
Maîtres d'oeuvres : ARCHITECTE MANDATAIRE : CSA ARCHITECTE CO-TRAITANT : LIN architectes urbanistes ECONOMISTE : VPEAS BET THERMIQUE/FLUIDES : ELOGIA BET STRUCTURE : SYSTRA BET ACOUSTIQUE : ALTIA ingénierie PAYSAGISTE : Urbanescence
Entreprises : -
Surface SDP : 1706 m²
Cout : 3,5 M HT
Date de livraison : 2022


Camille Salomon Architecte, mandataire de ce projet, s’engage aujourd’hui sur des projets de mutation urbaine, de transition environnementale et d’évolutions sociales, faisant face aux défis actuels du logement. CSA s’intéresse aux questions de l’habitat par une approche pluridisciplinaire sur les thèmes de la sociologie, de la spatialité, de mixité urbaine. Sa conception architecturale porte attention à la qualité des usages et à leurs possibilités d’évolution ou d’hybridation dans un contexte urbain dense, en tension avec les infrastructures avoisinantes. Le projet de Foyer Jeunes travailleurs à Montrouge s’inscrit dans les réflexions portée par Camille Salomon, autour de la spécificité de l’habitat temporaire et la valorisation des communs.  L’agence CSA est créée en 2017 est basée à Paris.

LIN architectes et urbanistes réalise également des projets d’équipements et de logements en Allemagne et en France. L’équipe de Finn Geipel a notamment participé à la consultation du Grand Paris en 2008 et a réalisé la conception de quatre stations de métros issues du prolongement de la ligne 12 - Aimé Césaire, Mairie d’Aubervilliers et ceux de la ligne 4 - Bagneux et Barbara, sur lequel l’actuel projet de Foyer Jeunes travailleurs a été conçu en lien avec la station. L’agence créée en 2001 est basée à Berlin.

Ce Foyer Jeunes Travailleurs situé au-dessus de la station de métro Barbara (ligne 4), à la frontière entre les communes de Montrouge et Bagneux, accueille 39 logements entre le T1 et le T2, ainsi que des espaces communs partagés et multifonctionnels donnant accès à un jardin en R+1 au cœur de l’îlot.  
Le bâtiment, s’insérant à l’angle de l’avenue Henri Ginoux et de l’avenue de Verdun, est un marqueur de l’évolution de ce quartier. Nouvelle entrée de ville de Montrouge, il se situe au carrefour des mobilités avec l’arrivée du métro. Il s’inscrit ainsi dans un milieu très contraint, entre un environnement dense avec des typologies de bâtiment voisines hétérogènes et les infrastructures de la station impliquant des contraintes structurelles et vibratiles.

La construction de cinq niveaux de logements au-dessus d’un puit de cinq niveaux correspondant la profondeur du quai de la station de métro relève d’une prousse technique. Pour gérer cette superposition complexe d’ouvrages au-dessus du vide, une dalle béton de 80cm reprenant les charges du bâtiment de logements sur laquelle repose un second plancher alvéolé de 80cm pour le passage de ses réseaux, soit 1,6 mètres au total d’épaisseurs techniques ont été nécessaires.

Une désolidarisation acoustique des ouvrages par appuis élastomères permet de garantir le confort d’habitation vis-à-vis des infrastuctures souterraines du métro. Une solution de structure bois pour la surrélévation avait été étudiée dès le début des études mais écartée en raison des contraintes vibratoires liée à la station de métro et au passage du métro. Le bâtiment en structure béton fonctionne comme un ouvrage pont au-dessus du vide de l’entrée principale de la station. 

Volumétrie et insertion dans le site

La forme compacte du bâtiment est une réponse au contexte qui valorise les qualités d’insertion urbaine et préserve le cœur d’ilot avoisinant. La volumétrie observe un retrait de 6 mètre de la limite parcellaire sur l’avenue de Verdun afin de réaliser une transition entre les bâtiments de logements collectifs à R+6 d’un côté et les pavillons à R+1 de l’autre. 

Le bâtiment de fonctions mixte logement/équipement permet d’adresser la station sur un carrefour, qui sera redéfinie en une place arborée par la ville de Montrouge. L’enjeu consiste à marquer l’entrée de ville tout en faisant l’articulation avec les avenues de Verdun et Ginoux, le cœur de ville. Le projet favorise également les continuité écologiques en milieu urbain par des jardins de biodiversité en toiture du bâtiment et des plantes grimpantes pouvant se développer sur les façades des murs en briques à rez-de-chaussée.

Principes de façades et matérialité

Le bâtiment se présente comme un hexagone irrégulier adossé à une mitoyenné et dont les cinq façades illuminent l’intérieur du volume d’une lumière naturelle. La régularité et la géométrie sont affirmées dans le dessin les façades pour renforcer l’aspect unitaire du volume
L’insertion d’une trame régulière permet de structurer le volume et de mettre en relation la grande hauteur du rez-de-chaussée de la station avec les niveaux supérieurs. La conception des façades est étroitement liée au programme de foyer de jeunes travailleurs par sa trame qui reprend la partition de la typologie de logement. Chaque studio possède une grande ouverture occupant les deux tiers supérieurs de la façade intérieure, évoquant un imaginaire d’atelier. 
L’enveloppe extérieure, d’aspect industriel, est mise en vibration par les reflets de l’aluminium anodisé avec les variations du ciel suivant la course du soleil.

--- se loger aujourd'hui

Bouleversement des modes d’habiter

La définition du logement est en constante réinvention : elle doit s’adapter aux nouveaux usages, aux nouvelles manières de communiquer, de se déplacer, d’occuper l’espace, de travailler, d’étudier... Mais elle se fait aussi en lien avec les réglementations, contraintes d’optimisation de l’espace et de rendement, hausse des prix, etc., qui mettent en difficulté l’accès au logement et aboutissent une diminution croissante des surfaces habitables.

Au long de ces deux dernières années, la crise sanitaire a également agi comme révélateur de nouvelles attentes. Considérant la question de  l’habitation, c’est une volonté de se regrouper et de rechercher un vivre-ensemble. En effet, à l’annonce des confinements, de nombreuses personnes ont choisi de quitter leur logement pour rejoindre un groupe d’amis, des parents ou un partenaire. Les étudiants, dont l’observatoire de la vie étudiante estime à 66% les changements de logement pour cause de solitude lors de la pandémie de Covid-19, ont particulièrement été touchés par cette situation. Le logement du « jeune travailleur » ou du « jeune chercheur » représente ainsi une typologie historique de l’habitation en quête d’évolutions.

Prendre soin de l’espace individuel

Depuis sa forme ancienne romaine “cubiculum domus” - une chambre dotée d’un lit et d’une table, l’espace privé individuel revêt un caractère social particulier : il offre la possibilité de s’isoler des autres pour prendre soin de soi. La notion d’“idiorythmie”, mot formé à partir du grec “idios” et “rhuthmos”, est emprunté au vocabulaire religieux des monastères par Roland Barthes en 1977, au cours d’un séminaire intitulé “comment mieux vivre ensemble”, pour illustrer ce compromis entre le besoin de retrait et la nécessité d’un engagement vers le commun.
Aujourd’hui, les chambres en résidence sont encore la représentation de cette dualité :  une intériorité isolée contre une majorité de temps dédié à des activités extérieures. L’espace habité est asymétrique : la petite surface où les fonctions sont réduites et compactées forme un bref lieu de repli alors que son espace partagé est celui de la ville. 

Accompagner les temporalités

La temporalité de ces typologies de résidences est également singulière du point de vue du parcours des résidents. Il s’agit pour des jeunes de « quitter le nid » et d’être guidé vers une progressive autonomie. Ce logement pionner du parcours domestique se place donc à la frontière entre un cadrage des fonctions et une ouverture à l’appropriation.

Aujourd’hui, s’intérresser aux petits espaces nécessite de porter une attention particulière à leur contenu, d’en prendre soin jusque dans le mobilier. Car l’aspect provisoire de ces logements ne doit pas être vu comme une justification pour la dégradation des conditions d’habiter. Au contraire, ceux-ci doivent permette de cultiver l’intériorité et d’accompagner leurs jeunes habitants, qui n’ont pas forcément la possibilité de bien se meubler ou s’équiper. 

Lumière et espace

La cellule individuelle temporaire pose ainsi une double question : comment penser un «  espace minimum » et comment permettre un « chez-soi » ? Le positionnement de Camille Salomon prend deux directions principales  : d’une part l’importance accordée à l’ambiance lumineuse du logement, d’autre part une attention portée sur l’ameublement.

Avec l’idée que la lumière naturelle est un facteur déterminant de la qualité de vie dans les petits espaces, les ouvertures sont généreuses et laissent entrer la lumière, en permettant une mise en vibration de l’espace et de la plasticité des matériaux. L’ensemble menuisier est aussi une composition étudiée pour décliner les usages, varier les possibilités d’aération ou moduler l’intimitié par les profils et l’ombrage. 
L’optimisation des espaces, la recherche d’une dimension appropriée liée au corps et à l’usage sont aussi au centre de la conception. S’inspirant de l’expérience immersive de l’artiste Absalon, décidant d’habiter, en 1993, six cabines d’habitation de 9m², Camille Salomon propose des solutions de cabines préfabriquées dessinées selon les besoins précis de l’habitant. Elles concentrent les usages essentiels du logement et permettent en retour d’ouvrir un espace plus libre d’appropriation. 

Une typologie singulière

Les pièces offrent des surfaces généreuses afin de s’adapter aux différentes situations transitoires des jeunes travailleurs ou travailleuses. Pour les studios, une tablette a été pensée pour s’intégrer sous la fenêtre ou au garde-corps de ceux dotés de balcons.
L’apport de lumière naturelle (et occultations) est un facteur déterminant de la qualité des espaces de vie. Une attention particulière est portée à l’atmosphère intérieure des logements qui se veut accueillante et chaleureuse par l’utilisation du bois. L’intériorité est renforcée par le découpage de la menuiserie en plusieurs ouvrants en bois massif de pin. Ces grandes ouvertures sont modulables pour une flexibilité d’usage et de confort de ventilation en été.
Les fonctions nécessaires aux logements (cuisine, salle d’eau, rangements) sont traitées par une solution de cabines préfabriquées, rendue possible par une organisation sérielle du plan et permettant notamment de contrôler la qualité de l’exécution et d’optimiser les temps de chantier. 

--- intégrer le commun

Définir le commun

« Intensifier la ville », c’est intensifier les usages, mais c’est aussi intensifier le commun. Cette notion d’«  espace en commun » poursuit alors différents axes de réflexion. D’une part, cela nécessite d’intégrer l’idée d’un « partage de l’espace » dans la conception urbaine et architecturale de l’habitat. D’autre part, il ne s’agit pas uniquement de réfléchir au commun au sein de l’humanité, mais aussi de penser la place du vivant et du non-humain.

Partager les interfaces 

« Habiter », c’est aussi habiter le monde, habiter sa ville, son quartier, etc.  Ainsi le sens d’habiter ne se réduit pas à « se loger ». Ce n’est pas non plus le résultat d’une bonne politique du logement, d’un bon urbanisme. « Habiter »  doit en être considéré comme la source, le fondement. Les mots d’Henri Lefebvre dans La révolution urbaine publiée en 1971, « l’être humain ne peut pas bâtir et demeurer sans quelquechose de plus ou de moins que lui même : sa relation avec le possible comme avec l’imaginaire », invitent à réfléchir sur les potentiels dans l’architecture. « C’est donner la possibilité d’habiter poétiquement ou d’inventer une poésie qu’il[s] [et elles] fabrique[nt] à [leur] manière ».
L’échelle du commun se retrouve dans les limites entre l’espace public et l’espace privé. Penser les transitions avec la ville, c’est réfléchir aux différentes manières d’entrer chez soi, de rythmer ce passage par des seuils successifs. Le bâtiment du Foyer Jeunes Travailleurs de Montrouge est ainsi conçu en séquences aux volumes contrastés.  Les matériaux minéraux retenus pour les circulations évoquent des rues intérieures, prolongement de la ville à l’échelle du bâtiment. Ces dispositifs de ballades architecturales sont sources de glissement entre les sphères du commun, du voisinage et du domestique.
Si l’interface avec la ville est liée au traitement des façades (favoriser les commerces et les porosités à rez-de-chaussée pour animer la rue...), elle s’envisage aussi avec les cinquièmes façades, les toitures. Que faire de ces surfaces disponibles, souvent considérées comme des espaces de rejet, accueillant fluides et équipements techniques ? La proposition est d’occuper ces surfaces à ciel ouvert sur la ville, et d’en faire des lieux d’expérimentation de nouveaux possibles. Pour la Caserne de Reuilly, les potagers en toitures visent deux objectifs : redonner une place aux écosystèmes et intégrer un lien social en faisant découvrir des techniques d’agriculture urbaine. 

De la valeur du sol et du vivant

Le mot « habitat », tout comme le mot « territoire », trouve son origine dans le vocabulaire de la botanique et de la zoologie. Il désigne vers 1808 le territoire occupé par une plante à l’état naturel, puis vers 1881 le « milieu » géographique adapté à la vie d’une espèce animale ou végétale, ce que nous désignons dorénavant par « niche écologique » et parfois « environnement ». Ces deux thématiques très actuelles sont d’autant plus importantes à mettre en avant lorsque l’on se projette dans un milieu très urbanisé comme celui de la région parisienne.

L’attention au vivant passe alors par une analyse critique de l’utilisation des sols. Ainsi, construire en ville, densifier, doit aussi être vu comme une opportunité de réorganiser les trames vertes et de favoriser les continuités écologiques. Il s’agit d’une réflexion et d’un processus à intégrer en amont de la conception, dans l’implantation des bâtiments sur la parcelle. Choisir de ne pas construire, démolir, désimperméabiliser, dépolluer, pour laisser respirer les sols est aussi le rôle de l’architecte. Cette démarche de désartificalisation des sols permet de comprendre leurs différentes strates en profondeurs et l’importance qu’elles ont pour l’écoulement des eaux de pluie et pour le développement du vivant.

La revalorisation des milieux naturels en zone urbaine questionne aussi la place donnée aux végétaux. Quels types de plante seront adaptés au contexte du site ainsi qu’aux conditions créées par l’architecture en terme d’ensoleillement, de zones d’ombres, d’orientation des vents, de température, d’eau...  ? Pour le projet de la « la Caserne de Reuilly » le jardin d’ombre en coeur d’ilot a conduit à l’étude de différents types de mousses et leur intégration dans un milieu plutôt humide.

Les espaces communs

L’emprise occupée par la station de métro en RDC a rendu complexe l’organisation des locaux de la résidence. Néanmoins, le double rez-de-chaussée offre ainsi une séquence d’entrée impressionnante : le hall se compose d’un espace vertical et traversant, à l’image d’une gorge étroite creusée entre les voiles de la station traités en béton blanc architectonique et laissant entrevoir un jardin. La rampe d’accès pour les personnes à mobilité réduite propose une déambulation qui profite de tout l’espace disponible et permet de rejoindre le niveau d’accès de l’ascenseur.

La desserte des logements s’effectue par un couloir central dont la matérialité a été traitée en béton brut contrastant avec des portes d’entrée en bois, ce qui accentue la verticalité du bois en premier plan et augmente l’effet de profondeur de cette circulation, tel un chemin dans une forêt embrumée.
Au niveau du R+1, une salle d’étude ainsi qu’une grande salle commune s’articulent en lien avec un jardin extérieur qui s’ouvre à ciel ouvert sur le coeur d’îlot. Cette clairière plantée permet de trouver des herbes aromatiques et de profiter de l’ensoleillement ou du chant des oiseaux au printemps. 
L’utilisation de matériaux brut, les différences des volumes jouent ainsi d’une scénographie évoquant les milieux naturels.


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