Maîtres d'ouvrages : Ville de Santa Marta, Fondation Carulla
Maîtres d'oeuvres : Giancarlo Mazzanti, concepteur. Susana Somoza, Andrés Sarmiento, Néstor Gualteros, Oscar Cano, Lucia Largo, collaborateurs – Ingénieur structure : Nicolas Parra
Cout : 1 200 000 pesos/m2
Date de livraison : novembre 2010
Timayui, située sur la Côte caribéenne, au nord-ouest de la Colombie, est une commune marquée par la pauvreté et la délinquance. La mairie développe une politique urbaine dont l'objectif est d'améliorer les conditions de vie (éducation, nourriture, transports) de la communauté ayant fui la violence et qui se retrouve isolée du périmètre général de la ville de Santa Marta. Ces quartiers sans infrastructure publique restent stigmatisés par la violence. Il faut donc déjà protéger la population la plus vulnérable, notamment les très jeunes enfants. Pour Giancarlo Mazzanti, l'enjeu de la discipline architecturale repose aujourd'hui essentiellement sur l'action sociale. Afin de gagner la confiance de la communauté, il faut activer de nouveaux usages de la ville et révéler le potentiel intellectuel qui s'y cache. Pour lui, la valeur de l'architecture tient davantage dans ce qu'elle produit qu'en elle-même : par l'acte et non par l'essence. « Architecture is action », répète-t-il. Elle doit favoriser la cohésion sociale dans et à l'extérieur du bâtiment, en aidant notamment chacun à se réapproprier ces lieux communautaires. Mais au-delà de ces bonnes intentions, comment Mazzanti parvient-il à passer de la théorie à la pratique ? À Timayui, le jardin d'enfants vient rompre la monotonie du paysage de maisons individuelles sagement alignées. Il se place devant l'arrière-plan du magnifique paysage de la Sierra Nevada. Une barrière en bois ceinture le bâtiment ; jouant sur l'évocation du parc à jouets, elle permet de dédramatiser son rôle sécuritaire.
Le rapport à l'environnement s'exprime par la forme et la composition de ses différents modules qui se déploient comme une fleur, chaque pétale correspondant à une fonction particulière. Jeu de construction, le jardin d'enfants devient également un champ de fleurs. L'architecte espère qu'il suscitera une sorte d'éden sécuritaire dans l'imaginaire des enfants. Le bâtiment est comme une « cocotte » que l'on déplie en fonction de ses humeurs inconscientes. L'idée de ces fleurs de béton, Mazzanti l'a tirée des essais du pédagogue italien Loris Malaguazzi qui décrit, dans son ouvrage paru en 1971 Esperienze per una nuova scuola dell'infanzia, le schéma idéal des relations parents/enfants/professeurs. Trois centralités reliées entre elles permettent de multiplier les situations, les expériences et les rencontres entre ces trois entités sociales et humaines.
Mazzanti reproduit littéralement ce schéma : trois volumes s'articulent autour d'une cour centrale parfois végétale, lieu de rencontres, de passage, de temps libre. Les bras des modules contiennent les salles de musique, de jeux, de peinture, de classe, salles de repos, chambres sensorielles, administration, etc. Le centre figure le lien que les enfants tissent entre eux, ainsi qu'avec leurs professeurs et leurs parents. C'est le préau des enfants, la salle des éducateurs, le patio des parents. Saisie comme le centre réel de l'apprentissage et de l'expérience, la cour paraît presque plus importante que les volumes qui s'y rattachent. Ce système modulaire, que l'agence a déjà utilisé pour la conception d'autres jardins d'enfants, favorise la création de multiples situations éducatives, géométriques, topographiques, urbaines.
Cette stratégie de construction autorise également une grande flexibilité puisque de nouveaux modules peuvent s'ajouter ou se soustraire en fonction de la croissance démographique ou des besoins des usagers, sans détruire néanmoins cette dynamique globale d'apprentissage. La réalisation n'a duré que sept mois. Le jardin d'enfants est déjà le poumon vert de cette zone résidentielle qui semble avoir oublié son exceptionnelle situation géographique au bord de la Sierra Nevada. Les jardins potagers installés dans l'enceinte fournissent de la nourriture, mais ils consolident surtout un processus participatif qui renforce la légitimité du projet. Ces activités complémentaires au rôle pédagogique permettent aux habitants d'être productifs pour leur bénéfice propre comme pour celui de tous. Ainsi, chaque individu peut avoir aujourd'hui le sentiment d'appartenir à la communauté, tout en assurant la protection d'un territoire qui lui appartient.












