Fin de l’été, dernières vagues de chaleur. Nous sillonnons les Baronnies de Provence. Virages à droite, le cours bleu turquoise de Eygues à gauche, parois escarpées de tous les côtés. Après avoir traversé la France en TGV, défile un paysage de moyenne montagne que je ne regarde pas vraiment. Nous débattons chaudement, avec quelques journalistes et les architectes de l’atelier PNG : la critique architecturale doit-elle être politique ? L’architecture peut-elle l’être vraiment ? Existe-t-il plusieurs manières d’être écologique ?
De la gare de Lyon à Ventavon, nous sommes arrivés à 680 mètres d’altitude. Des génoises coiffent des maisons entremêlées. Des volets « bleu charrette » habillent des crépis pastel. Des voitures encombrent les ruelles. L’œil du critique, ni vraiment complaisant, ni tout à fait hostile, est un spécialiste de l’analyse. Cependant, deux heures dans cette école suffiront-elles à battre en brèche nos critères d’évaluation, élaborés dans des paysages métropolitains, et à nous déprendre de trop de certitudes et de condescendance ?
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Maître d’ouvrage : Commune de Ventavon Maîtres d’œuvre : atelier PNG, architectes ; Vessière, BET structure ; Adret, BET fluides ; Atelier des cairns, paysagiste ; Tec.lm, économie ; Betip, VRD Programme : école de 2 classes élémentaires, périscolaire, restaurant scolaire, réhabilitation de la mairie et création de 4 logements communaux dans un ancien hôtel Surfaces : école neuve, 332 m2 ; réhabilitation de la mairie, 290 m2 ; transformation d’un hôtel en logements, 270 m2 ; espaces extérieurs, 480 m2 Coût : 2,1 millions d’euros HT Calendrier : 2018-2025 |
« C’est une question d’acceptabilité. » En posant le cadre de sa réflexion d’architecte embarqué dans la conception de cette petite école regroupant les élèves de trois villages perchés dans les Hautes-Alpes, Nicolas Debicki, cofondateur de l’agence PNG, problématise aussi les limites d’une pratique critique attachée à la visite de terrain, mais définitivement tenue à distance des lieux par des immersions minutées. À Ventavon, il est question d’acceptabilité de l’architecture contemporaine dans un tissu médiéval ; d’acceptabilité d’un bâtiment public neuf dans un ensemble bâti exubérant, foisonnant de marqueurs culturels autour desquels se soudent habitantes et habitants. Mais il est aussi question d’acceptabilité par la critique architecturale d’un projet qui ravive, si on le regarde trop vite, les souvenirs d’un néorégionalisme postmoderne controversé.
Contrairement au critique d’architecture, l’architecte ne fait pas que passer. À Ventavon, depuis le dialogue initié en 2018 avec les élus, jusqu’aux réunions avec les ouvriers sur le chantier achevé en 2025, c’est une part de leur quotidien que les architectes de l’atelier PNG ont consacré au projet. Un temps long pour comprendre ce qui lie les êtres et les choses, pour prendre la mesure des attachements et, plutôt que de les transformer selon des codes importés, pour établir une manière douce et située de les traduire – si l’on suit la démarche attentive cultivée par PNG dans les territoires reculés. Le cas de la petite école de Ventavon est caractéristique de bien des situations où il s’agit de densifier l’existant plutôt que d’éloigner les équipements. Pour ne pas vider le centre historique, il était inenvisageable de construire l’école ailleurs ; même si s’inscrire dans un tissu constitué représente un profond changement dans les manières de le vivre. Désormais, pendant les heures de classe, les voitures ne passent plus dans la rue de l’école, transformée en cours de récréation grâce à deux portails bas. Et là où le bâti historique laisse parfois peu de place à l’espace partagé, le rectorat a accepté que l’équipement fasse commun, en ouvrant grilles et chaussée aux passants lorsque les enfants sont absents. Il en allait de l’intelligence de l’implantation de la construction neuve pour restaurer la cohérence de l’ensemble urbain, en reliant la mairie et un hôtel aménagé en logements communaux. (...)