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Pour construire la nouvelle scène régionale de Beauvais, inaugurée en janvier dernier, François Chochon et David Joulin se sont appuyés à la fois sur leurs acquis – le conservatoire d’Aubervilliers, l’UFR de biologie de l’université Paris 7… – qui témoignent d’un travail constant sur l’opacité, la pesanteur et la masse, à rebours de toutes les modes, et sur une analyse très fine des différentes strates composant l’histoire feuilletée de la ville.

Maître d’ouvrage : communauté d’agglomération du Beauvaisis

Maîtres d’œuvre : François Chochon, Laurent Pierre et David Joulin

Paysage : In Folio

BET : Khephren (structure), Alto (fluides et thermique), Lamoureux (acoustique), Mazet & associés (économie), Changement à Vue (scénographie)

Surface : 6 032 m2 + 555 m2 de terrasses accessibles

Coût : 13,35 millions d’euros HT

Calendrier : concours, juillet 2019 ; livraison : janvier 2025

  

Beauvais, une capitale régionale qui peut s’enorgueillir d’une longue histoire. Cette fondation romaine élevée sur un plateau au-dessus d’une zone marécageuse a trouvé son apogée au moyen-âge pour rayonner dans toute l’Europe grâce au savoir-faire de ses corporations, de ses vitraux et de ses draps. Un mouvement qui s’est encore amplifié au XVIIe siècle avec la création par Colbert de la manufacture de tapisserie.

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Une ville tragique aussi, d’abord marquée pendant la période médiévale par l’ambition démesurée de ses édiles puis, lors de la seconde guerre mondiale, par la violence de l’armée allemande avançant irrésistiblement vers Paris. Les premiers se sont engagés à construire la plus grande cathédrale de la chrétienté sans parvenir à l’achever... ainsi la petite nef carolingienne de l’ancienne église destinée à être détruite et remplacée, s’articule-t-elle sans transition aux plus hauts croisillons et chœur gothique du monde : un assemblage sidérant... Tandis que la seconde a littéralement fait disparaître en juin 1940 sous ses bombes incendiaires le tissu médiéval très resserrée du centre-ville laissant pendant des années ses survivants dans une précarité absolue. L’aviation ennemie, en éradiquant les constructions de bois et de torchis encastrées les unes dans les autres, a ainsi réalisé le rêve haussmannien (ou corbuséen ?) d’une scansion nord-sud uniquement ponctuée de monuments en pierre blanche : le chevet de Saint-Pierre, le fragment de l’enceinte gallo-romaine l’ancien palais épiscopal, l’hôtel de ville classique et l’église Saint-Étienne... Le quartier de ce dernier édifice a été magistralement reconstruit par Jacques-Henri Labourdette de 1949 à 1952... Il a conçu un système de bâtiments bas (R+2) et linéaires qui relient organiquement l’axe nord-sud à la gare et à ses voies qui suivent perpendiculairement le cours du Thérain. Des lignes habitées et autonomes qui n’hésitent pas à s’élancer au-dessus des rues et à s’infléchir pour entourer l’édifice religieux orphelin de son cloître de manière à maintenir autour de lui une échelle médiévale, sans avoir recours à aucun effet pittoresque. Ces constructions ont été édifiées en pierres porteuses de l’Oise et recouvertes de tuiles émaillées vertes fabriquées dans la région, tout en utilisant la préfabrication pour les dalles, les encadrements et les bandeaux...

 

 


Undefine

     

 

Undefine

 

Monument Laïque

Le nouveau théâtre se dresse dans un enclot esquissé par Labourdette jouxtant celui qui protège l’église Saint-Etienne. Il vient approximativement occuper l’emprise de son prédécesseur, démoli en 2016, en refusant cependant de s’aligner comme lui sur la rue du 51eRégiment d’infanterie. Le premier geste des deux architectes a été de pousser à son paroxysme la différence d’échelle qui existe entre le volume de la salle et celui de la cage de scène afin d’obtenir une hauteur critique leur permettant d’établir un dialogue avec les hautes formes gothiques de la coulée monumentale et oser la coque en béton matricé pour répondre aux fins exosquelettes de pierre... Ils ont ainsi posé au-dessus du grill l’encombrant dispositif du traitement de l’air prévu à l’origine en sous-sol, après avoir consulté leur acousticien et leur maître d’ouvrage qui craignait la découverte de vestiges archéologiques dans cette zone habitée depuis des millénaires.

L’autre geste fondateur a consisté à réorienter résolument le bâtiment à l’est, contrairement à Saint-Pierre et à Saint-Étienne, une volte-face qui leur permet d’ouvrir cet équipement culturel vers la rue du Pont de Paris et de lui accorder un parvis à sa mesure en annexant à sonprofit les espaces minéraux et plantés existants...

Prenez les escaliers qui mènent à la table d’orientation sur l’autre plateau bordant au sud le fleuve et vous constaterez par vous-même comment cet édifice profane a su s’inviter dans la coulée sacrée... Redescendez ensuite sur le pont en demi-cercle et vous verrez peu à peu réapparaître la silhouette sculpturale à travers les arbres comme s’il réclamait impérativement,à l’instar du théâtre de Semper et Wagner à Bayreuth, la traversée d’un parc avant l’immersion dans l’illusion théâtrale.

 

Le labyrinthe et le minotaure

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