Dans un contexte urbain fragmenté, où le logement collectif tend à s’uniformiser, Jean-Christophe Quinton utilise la géométrie comme levier architectural. Plis de façade, enfilades intérieures et balcons losangés transforment les contraintes réglementaires en opportunités spatiales. Puisant dans l’histoire de l’architecture, avant comme après le mouvement moderne, l’édifice assume pleinement sa présence urbaine. Ici, la forme ne se limite pas à un geste plastique : elle structure l’espace, améliore l’habitabilité et contribue à déstigmatiser le logement social.
| Maîtrise d’ouvrage : SEM Seine-Ouest Habitat et Patrimoine Maîtrise d’œuvre : Jean-Christophe Quinton Architecte (mandataire), chef de projet : Romain Curnier ; EVP Ingénierie (structure), Albert&Co (fluide-thermique), Eco+Construire (économie) Entreprises : STM Construction (gros œuvre), Ciel Étanche (étanchéité), CF Services (façade), CISCO (menuiserie extérieure, serrurerie-métallerie), CMP (cloison, doublage, sol, peinture), Ridoret (menuiserie intérieure), TEP (sols), KONE (ascenseur), SPCP (plomberie, CVC), ISB (électricité), Paveurs de Montrouge (VRD), Sports et Paysages SEPA (paysage) Programme : 24 logements sociaux et 1 commerce Surface : 1 360 m2 Coût : 3,8 millions d’euros HT Calendrier : concours : septembre 2019 ; livraison, novembre 2023 |
La façade se plie subtilement, générant un jeu d'ombres qui dématérialise le volume du bâtiment © 11h45
Nous sommes dans la partie ouest de Boulogne-Billancourt, rue Gallieni, là où la trame urbaine reste celle du parcellaire typique d’une commune de banlieue de Paris, mais où le tissu urbain commence à devenir particulièrement varié : des maisons individuelles alignées au bord de la rue et des immeubles collectifs en retrait par rapport aux premiers, près des barres de HLM générant leur propre espace public, tournant le dos au maillage serré des rues. Quelques expérimentations urbaines, d’un goût parfois discutable, illustrent les tendances qui ont fleuri en France au cours de la dernière décennie. Un nombre croissant de blocs carrés à noyau central émergent çà et là, comme des champignons, à l’emplacement d’anciennes usines. Ce type de bloc rectangulaire, d’environ 15 mètres de large, permet de desservir entre quatre et six appartements par étage avec un seul escalier et un ascenseur, optimisant ainsi les coûts de construction et d’exploitation. Toutefois, à l’échelle urbaine, cette typologie génère une trame répétitive qui, loin de structurer véritablement l’espace, le fragmente et le banalise, sans réelle mise en forme du vide ni continuité spatiale. La résidence Gallieni, conçue par l’architecte parisien Philippe Gazeau, illustre parfaitement ce type d’intervention. Là où s’élevaient autrefois deux modestes barres hygiénistes se dressent aujourd’hui cinq blocs stériles aux angles arrondis, dont les façades immaculées en Corian blanc, totalement lisses et dépourvues de balcons, incarnent un aseptisme chirurgical.
En contraste avec l’opération précédente, qui a donné lieu à une petite place publique, Jean-Christophe Quinton a construit, de l’autre côté de la rue Bellevue, un immeuble d’angle à l’intersection avec la rue Gallieni. Plutôt que de flotter à la dérive dans le paysage hétéroclite de Boulogne-Billancourt, ce bâtiment s’aligne rigoureusement sur ses voisins, tant dans le plan de façade que dans son couronnement, venant ainsi structurer un vide urbain et dissimuler entièrement les pignons autrefois laissés nus. Au lieu d’exposer le mur pignon au nom de la lisibilité typologique et fonctionnelle, l’angle est élégamment résolu par un léger chanfrein, offrant une véritable leçon d’urbanisme à son voisinage. Pas de crainte face à la rue-corridor : elle est au contraire ici pleinement assumée, voire célébrée.
Jean-Christophe Quinton replie la façade, créant une solution d'angle qui renforce l'effet "corridor" de la rue. © 11H45
L’expressionisme de brique
La façade captive, autant de loin que de près. À l’échelle du passant qui traverse la rue sans y prêter attention – et le bâtiment ne cherche pas à la capter –, son volume s’intègre et se fond dans son environnement. (...)