Dans la litanie de ZAC « qualité française » qui poussent dans nos métropoles, en quoi certaines architectures se distinguent-elles des autres sans pour autant faire acte de radicalisme ou de fantaisie ? L’achèvement de la ZAC Paul-Bourget à Paris, avec notamment les logements réalisés par Nicolas Hugoo, nous donne l’opportunité de nous interroger sur cette question.
| Maîtrise d’ouvrage : Elogie-Siemp Aménageur : SEMAPA Maîtrise d’œuvre : Nicolas Hugoo Architecture ; BET : SAS Mizrahi, Etamine (environnement), AC&T Paysages et Territoires (paysagiste) Entreprise : Bouygues Habitat Social Surfaces : SDP 2 668 m2, SHAB 2 314 m2 Livraison : printemps 2025 |
Plan du rez-de-chaussée
Détail des façades
Beaucoup ont dû longer maintes fois la ZAC Paul-Bourget sans jamais la remarquer. Elle est bordée par le périphérique, l’avenue de la porte d’Italie, les grands boulevards et le parc Kellermann. Ce dernier est un immense jardin de 5,5 hectares en contrebas. Recouvrant le lit de la Bièvre, il a été aménagé en 1937. Seuls les habitués de ce quartier enclavé entre le cimetière de Gentilly et le périphérique semblaient jusqu’à présent le fréquenter. Les quatre immeubles d’habitation d’urgence construits en 1955 sur cette zone non ædificandi des anciennes fortifications (avant la création du périphérique) n’avaient en effet aucun accès au parc à l’ouest. Il a été décidé de les démolir pour recomposer entièrement le site qui a été baillé à Elogie-Siemp avec pour mission de construire 365 logements et des équipements.
L’agence Urban Act, qui a été chargée de la conception, a dessiné un plan comme on en voit dans toutes les ZAC en France depuis vingt ans : des plots d’immeubles d’habitation, une barrière de bureaux et d’hôtels pour les protéger des nuisances du trafic routier et un vaste parc central qui, entre autres qualités, a le grand mérite de reconnecter enfin la porte d’Italie et la nouvelle opération au parc Kellermann. L’architecture des plots d’habitation est elle aussi représentative de cette qualité générique des nouveaux quartiers des métropoles françaises, architectures qui semblent toutes sorties d’un même logiciel avec ses balcons accrochés sans ordonnancement et ses capotages masquant les isolations par l’extérieur. Les gris et bruns dominent désormais (depuis que le vert pomme des années 2000 s’est ringardisé) et le bois, gage d’un engagement écologique, se doit d’être bien visible. Mais après les dix ans de travaux qui s’achèvent ce printemps, il fera assurément bien mieux vivre qu’auparavant dans ce quartier prioritaire de la politique de la Ville.
L’une des dernières livraisons, celle de l’architecte Nicolas Hugoo, se distingue subtilement de l’ensemble. S’affranchissant légèrement du trapèze proposé pour son implantation au sol, elle offre six faces au lieu de quatre, dégageant ainsi un peu plus d’espace pour le jardin qui relie la rue Gerda-Taro au parc central. Mais c’est le choix d’avoir placé la structure à l’extérieur qui distingue cet immeuble de ses voisins, dont la massivité, appauvrie par les isolations extérieures, ne leur confère pas la force minérale d’un immeuble haussmannien. (...)