Copyright : ©MILENA VILLALBA

Maîtres d’œuvre : FMAU, mission complète ; responsable projet, Frédéric Martinet ; équipe projet, Geoffrey L’Heudé, Clément Pommaret

Surface : 320 m2 SDP

Coût : 1,5 million d’euros

Labellisation : RT2012+

Calendrier : 2016-2021 

À rebours de la tendance au poverty cosplay (se faire passer pour pauvre lorsqu’on est riche) des architectures savantes du moment, le dernier bâtiment livré par Frédéric Martinet à La Rochelle se joue de références classiques et de citations multiples à la proto-modernité dans un geste intérieur d’une théâtralité totalement décomplexée.

 

La bonne ville de La Rochelle, ancienne capitale du comté d’Aunis, aujourd’hui métropole économique florissante et préfecture, est connue pour sa douceur de vivre, sa culture sociale-démocrate et sa bourgeoisie libérale. Son centre est dense, minéral et traversé de rues bordées d’arcades moyenâgeuses alors destinées au négoce, les cœurs d’îlots dissimulant cours privées et jardins de maisons bourgeoises. La ville compterait jusqu’à cent hôtels particuliers, témoignage discret mais structurant d’une histoire riche, et parfois sombre, de commerce et d’échanges. Histoire d’un patrimoine du début du XIXe siècle qui, contre toute attente, s’est réactivée grâce à la livraison récente de l’hôtel Delabarre par l’agence rochelaise FMAU (Frédéric Martinet Architecture Urbanisme).

C’est dans le quartier du bois des Protestants, en périphérie nord de la ville, qu’il faut se rendre pour découvrir la maison. On approche de l’hôtel Delabarre comme d’un monument singulier de par son échelle et son abstraction dans le paysage irrégulier d’un petit quartier résidentiel : parallélépipède blanc sans échelle, posé à l’alignement sur rue, il présente deux grands pignons immaculés à ses voisins d’un autre âge. La façade sur rue, qui devrait offrir une élévation conventionnelle à l’écriture et à l’échelle domestique, se déforme au contraire pour accueillir une cour minérale concave, renforçant la sensation du volume creusé. Peu percée à rez-de-chaussée, la façade incurvée de la cour semble au contraire s’ouvrir sur une galerie au premier étage qu’accompagnerait un balcon maçonné filant, à l’étrange mesure. Les deux reliquats latéraux de la façade sur rue aux proportions démesurément verticales se percent eux de trois baies circulaires de taille et de profondeur diverses, réminiscence quasi immédiate d’une architecture Art déco balnéaire qui peuple, depuis le début du XXe siècle, l’imaginaire de ces villes du bord de l’Atlantique.

C’est seulement si l’on est invité par le couple de propriétaire à entrer dans la maison que l’on peut découvrir le (...)

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