Calendrier : permis de construire avril 2002; début des travaux janvier 2003; livraison été 2003; finitions mars 2004.
Client : Arthur Rhomberg.
Surfaces : 180 m2 sur deux niveaux pour la maison neuve, pour une surface de 180 m2 au sol de la grange.
Nous sommes à huit kilomètres d'Innsbruck, dans un ancien village agricole proche du Lansersee. Dans cette partie du Tyrol, la production agricole a reflué au profit des activités de loisirs et les habitations traditionnelles se reconvertissent une à une en résidences secondaires. Restent de nombreuses paarhof, ces « fermes doubles » caractéristiques de l'architecture rurale locale, qui regroupent côte à côte une maison d'habitation et sa dépendance. Celle-ci superpose une construction agricole en bois, qui servait de grange, à un socle de pierre abritant l'étable, chacune ayant son accès propre. Les constructions jumelles sont installées en lisière de forêt pour ne pas empiéter sur les terres cultivables. Le client de Martin Scharfetter, natif comme lui de la région, possède une propriété de famille de ce type. Désireux de revenir y vivre, il commande d'abord à un architecte une grande maison neuve qu'il veut faire édifier à la place des deux bâtiments. Mais le permis de construire lui est refusé au nom de la sauvegarde des apparences rurales d'un paysage très prisé des touristes. Scharfetter, fraîchement diplômé, lui propose alors d'insérer une maison plus modeste dans la grange: une seconde architecture d'usage et de forme autonome, qui tirerait sens et avantage de son intégration au bâtiment existant. De l'intérieur, elle rappellerait « les chambres que nous nous creusions dans la paille des granges lorsque nous étions enfants », et « le curieux sentiment d'intimité domestique éprouvé dans ces pièces où la lumière filtrait à travers les parois en herbes sèches ».
Muni d'une maquette de son projet réalisée au 1/50e, il rend visite à neuf entreprises locales spécialisées dans le bois avant d'en trouver une qui accepte de tenter l'aventure. Les travaux s'effectuent à l'abri de la toiture de la grange rénovée. Des poteaux neufs se substituent aux anciens selon la grille qui structure la nouvelle maison, réglée sur les axes du bâtiment existant. Cet « ordre tridimensionnel », matérialisé par des bastaings carrés en pin, se complète ensuite de divers éléments industriels standards selon les pièces – planchers en feuilles de triply bardages, cloisons en verre, rangements … – ainsi que des tatami, des portes coulissantes et du mobilier importé de Chine. L'enveloppe extérieure est partiellement percée et retravaillée là où l'habitation intérieure demande de l'air et des vues directes sur le paysage. L'esprit du projet comme l'atmosphère que dégage le résultat sont fortement marqués par l'intérêt commun du client et de l'architecte pour la culture orientale : rigueur des systèmes de construction modulaire, variété des combinaisons spatiales qu'ils autorisent, et par dessus tout, un goût millénaire pour habiter « l'entre-deux, la condition intermédiaire entre la lumière et l'ombre, l'écart entre le proche et le lointain », comme le dit Martin Scharfetter.









