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Maîtres d'ouvrages : communauté d’agglomération de Versailles Grand Parc

Maîtres d'oeuvres : Joly & Loiret (architectes mandataires) ; Ingénierie, bureau d’études tous corps d’état : OTCE
Entreprises : SNRB
Surface :
787 m2 SHON, rénovations : 300 m2
Cout : 2,3 millions d'euros HT
Date de livraison :
2016

L’image architecturale d’un projet reflète toujours une part des conditions d’émergence qui l’a initiée, mais le résultat final réserve parfois quelques surprises. Il faut savoir les décrypter pour apprécier toute la pertinence conceptuelle qui s’offre aux regards des passants comme au confort de ses usagers.


Depuis la création de leur agence en 2007, Paul-Emmanuel Loiret et Serge Joly ont développé une double pensée commune : d’une part sur la manière d’utiliser les matériaux naturels dans la production architecturale contemporaine, et d’autre part sur l’ancrage contextuel du projet au travers du site et des usages. Très impliqués dans l’enseignement et la recherche, au sein de l’ENSAG et de l’ESA, les architectes font concilier une pratique écoresponsable, maintes fois primée, à une réflexion plus théorique qui interroge autant la matérialité de l’architecture que sa sensorialité. Le projet du « conservatoire » qu’ils viennent de livrer à Versailles illustre parfaitement cette double posture, à la fois intellective et constructive, qui caractérise leur processus de conception.


Situé en cœur d’îlot, pratiquement invisible depuis la très urbaine rue de Paris, cet équipement public de 800 m2 est pensé comme une greffe naturelle du groupe scolaire Lully-Vauban, dont il prolonge le bâtiment principal en s’inscrivant, sans la contrarier, dans la topographie en pente douce du site. Sa présence ne se manifeste qu’une fois passé le porche d’accès à l’ancienne allée charretière, qui invite l’usager à l’expérience de son étonnante volumétrie, fruit d’une savante alchimie entre intégration architecturale et articulation fonctionnelle.

Le conservatoire s’annonce par son angle le plus imposant, massif et aveugle, qui affirme sans ostentation le caractère public de l’édifice et remodèle, dans un nouvel équilibre, l’épannelage des immeubles environnants. Le découpage fluctuant des toitures de tuiles émaillées blanches reflète la lumière naturelle, minimise les zones d’ombrage et préserve les vues du voisinage. La compacité de l’ouvrage, au-delà des règles de prospect, laisse supposer une recherche d’optimisation énergétique en accord avec les exigences de la réglementation thermique. L’aspect monolithique et minimaliste de la construction est adouci par la texture irrégulière des murs en briques blanches moulées à la main et par de larges baies qui laissent entrevoir, côté rue, l’ambiance feutrée et chaleureuse des espaces d’attente et, côté cour, celle studieuse et lumineuse des salles de répétition.


Façade immaculée

Par l’irrégularité de sa volumétrie et de ses percements, le projet questionne sur la combinatoire de sa composition. L’absence de trame constructive ou fonctionnelle apparente ajoute encore à l’interrogation. La logique formelle qui a prévalu à l’écriture architecturale du projet se comprend davantage depuis l’intérieur. Une fois franchie l’entrée commune à l’école et au conservatoire, le parcours qui mène de l’accueil aux espaces d’attente des apprentis musiciens et des futurs danseurs, puis jusqu’aux salles de cours et de répétitions, révèle peu à peu les rapports de formes et de proportions qui lient les fonctions aux volumes, les ambiances aux échelles, les usagers à l’architecture. On comprend tour à tour comment et pourquoi tel matériau à tel endroit, telle ouverture sur telle paroi, telle hauteur à telle distance. Tout prend corps et place selon une logique d’espaces en parfaite adéquation avec les activités qui s’y déroulent et le confort d’usage qu’elles nécessitent, jusqu’au rapport qu’elles entretiennent avec le paysage qui s’invite aux disciplines sans les perturber, aux travers de baies aux allèges surdimensionnées.

Les deux salles de danse constituent la clé de voûte du conservatoire. Leurs parois blanches et microperforées régulent la luminosité et l’acoustique. Elles bénéficient d’un éclairage naturel généreux, à la fois frontal et zénithal, et de la volumétrie spacieuse de leurs toitures pyramidales tronquées, dont l’asymétrie assure le repérage visuel indispensable aux danseurs et améliore encore l’acoustique. La blancheur immaculée des salles de danse et des studios de musique joue le contraste avec le traitement plus domestique des espaces de distribution qui y mènent. Entièrement recouvertes de chêne huilé et d’enduit d’argile sombre, les circulations, à la géométrie changeante, sont aménagées en espaces d’attente, d’échange ou de révision pour les élèves et leurs parents.


Une démarche d’écoconception globale

Que ce soit les briques de terre cuite extérieures ou les revêtements en plâtre et en argile des parois intérieures, rien ne permet de déceler que la structure principale du bâtiment est réalisée en grande partie en bois. Seules les dalles et une portion des éléments porteurs du rez-de-chaussée bas sont en béton, conférant un soubassement à l’ensemble en procurant résistance et inertie. Outre la dimension durable de ce matériau naturel renouvelable, le choix du bois a constitué une réponse appropriée à l’étroitesse et à l’enclavement du site, qui interdisaient l’accès aux camions toupies qui livrent habituellement le béton.

Au-delà des contraintes de chantier, la préfabrication des éléments de structure en bois, leur acheminement aisé, leur mise en œuvre rapide et propre, le bilan carbone du projet qui en découle, l’anticipation d’un éventuel recyclage en fin de vie sont autant d’éléments déterminants d’une démarche d’écoconception. Mais pour les deux architectes, cette démarche ne doit pas renoncer pour autant aux linéaments architecturaux d’un bâtiment dont les fondements n’orientent pas nécessairement vers l’écriture typique d’un projet bois. L’importance d’une régulation thermique entre été et hiver et une contrainte acoustique prééminente par la destination première de l’ouvrage ont trouvé leur résolution constructive dans la résonance que recherchaient les concepteurs entre leur projet et son environnement bâti. À l’instar de sa forme, l’argile blanche des façades, associée à l’émail blanc des toitures, procure au conservatoire une massivité et une tonalité en accord avec l’ambiance minérale écrue de ses voisins les plus proches.

Pour confirmer leur intuition, Paul-Emmanuel Loiret et Serge Joly ont poussé l’intégration discrète des principes bioclimatiques passifs aussi loin que possible. Ainsi, à la compacité de l’édifice, à la répartition de son inertie thermique, à l’utilisation de la filière bois et de la terre, ou encore à l’apport conséquent de lumière du jour, s’ajoutent une ventilation naturelle ajustable manuellement, des protections solaires intégrées motorisées et une régulation acoustique, thermique et hygrométrique au travers de matériaux de revêtement intérieur respirants.

L’exemplarité des qualités de développement durable de ce projet atypique repose finalement moins dans la démonstration de l’ingéniosité constructive de ses architectes que dans une démarche plus globale et plus complexe tendant à prouver que cette problématique, devenue incontournable de l’architecture contemporaine, peut être résolue dans un juste équilibre entre écoconception, environnement urbain et enjeux sociétaux.

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