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Installés aux portes de Genève, Philippe Guyard et Boris Bregman se sont associés en 2011 pour former GBAU après avoir vogué en solitaire en Rhône-Alpes et en Suisse. Parmi les derniers projets de l’agence figurent l’extension de la MJC de Chambéry et la réhabilitation du presbytère de Thorens-Glières : deux bâtiments qui, en apparence seulement, n’ont que peu en commun. Ils relèvent pourtant d’une stratégie commune : la reformulation de la commande pour offrir des réponses architecturales plus appropriées et assouvir leur insatiable quête de justesse.
Extention d'une MJC à Chambéry
En 1987, Mario Botta réalisait l’espace culturel André-Malraux à Chambéry, convoquant béton brut et marbre gris dans des volumes aux formes géométriques premières. Quinze ans plus tard, Aurelio Galfetti, Yann Keromnes, François Cusson et Jean-Luc Dupuis livraient la Cité des arts, soit deux bâtiments jumeaux en béton autonettoyant, utilisé pour la première fois en France. Voici grosso modo l’inventaire de la production contemporaine dans la capitale savoyarde, peu réputée en la matière. Depuis 2010, un nouvel édifice est venu alimenter cette maigre liste : l’extension de la MJC de Chambéry signée Philippe Guyard, associé à Boris Bregman depuis 2011 au sein de GBAU (voir leur portrait dans la rubrique « parcours », d’a n° 226, mai 2014).
Point de départ, une maison des jeunes et de la culture inaugurée à quelques encablures du centre-ville par André Malraux dans les années 1960, de celles qui quadrillent le territoire hexagonal depuis l’après-guerre. Défraîchi et en manque d’espaces propices à la tenue d’ateliers en petits groupes, le bâtiment nécessitait des travaux de rénovation et d’extension pour s’offrir une seconde vie. Maître d’ouvrage de l’opération, la ville avait dans un premier temps programmé la construction d’un nouveau bâtiment indépendant de l’existant, objet du concours.
Gonfler par le vide
C’est par un pas de côté, en reformulant la commande, que les architectes ont remporté la mise. En proposant de prolonger la MJC existante jusqu’au quai de la Leysse qui traverse Chambéry, ils recréent la façade urbaine qui faisait défaut à l’équipement et gagnent en cohérence programmatique. Pour autant, un problème de taille se posait car les 851 m2 de surfaces supplémentaires prévues ne permettaient pas d’atteindre le front de rue. Pour ce faire, les architectes ont gonflé le gabarit par le vide, en créant des terrasses sur deux niveaux au cœur du nouveau volume : « Un procédé classique qui retourne et intériorise le plan autour de cours ou d’atriums, à la manière de nombreux hôtels particuliers et palazzi construits en centre urbain dense », expliquent-ils. Une forme de dédensification par l’évidement pour gagner en volume mais aussi pour régler les vis-à-vis par l’intériorité.
Sur la rue, face à la rivière, l’extension présente un pignon en inox poli miroir, percé d’une grande fenêtre urbaine ouverte sur la ville. Laissée apparente dans les nouvelles salles, la structure en béton est réduite à l’essentiel : un empilement de voiles et de dalles, sans aucun cloisonnement supplémentaire. Réversibles, les équipements (portes, dispositifs acoustiques, fluides, éclairage, signalétique) s’insèrent en applique, volontairement détachés du squelette de béton. En contrepoint, une enveloppe légère vient s’accrocher à l’ossature porteuse. Les façades latérales sont vêtues d’une tôle pliée formant claire-voie – les terrasses en caillebotis ajouré de trémies circulaires : « Le carénage métallique des façades et de la toiture protège, isole et enveloppe la matrice béton sans discontinuité, ni pont, à la façon d’un thermos. » À l’intérieur de la MJC, GBAU a privilégié la simplicité et les prestations qualitatives : « C’est ce que j’appelle l’architecture durable, commente Philippe Guyard : des choix constructifs pérennes qui ne craignent pas le temps. Quand on constate comment les usages malmènent un bâtiment, on mesure à quel point il est nécessaire de faire simple. »
Réhabilitation-extension d'un presbytère à Thorens Glières
À Thorens-Glières, avec un autre contexte et un programme différent, la stratégie est pourtant la même : doit-on se contenter de respecter la commande quand une solution plus appropriée s’impose à vous ? Perchée à 600 mètres d’altitude, à moins de 20 kilomètres d’Annecy, la commune disposait d’un presbytère édifié au milieu du XIXe siècle, un quadrilatère trapu partiellement occupé par le logement du prêtre de la paroisse. La municipalité décide d’y installer une maison médicale ainsi qu’une salle polyvalente dans les combles, destinée aux pèlerins venant célébrer saint François de Sales, né dans le château situé à deux pas. Très vite, les architectes constatent qu’une occupation des combles du presbytère hypothéquerait la possibilité de conserver l’essentiel de la belle structure existante en raison des surcharges. Ils proposent alors de restituer le jardin dans ses dimensions originelles, dévoilées par l’étude de la mappe sarde, ces très belles cartes cadastrales réalisées au début du XVIIIe siècle dans le duché de Savoie. Renouant avec une figure archétypale de l’urbanisme rural, ce jardin est ceinturé de larges murs. Ils s’épaississent jusqu’à accueillir la salle d’accueil des pèlerins en léger contrebas, à la pointe du terrain. Depuis la rue, rien ne laisse transparaître cette présence triangulaire. Les murs enserrant le jardin sont traités par un énigmatique béton caverneux renforçant l’intériorité recherchée.
La restructuration de l’ancien presbytère s’attache quant à elle à respecter la logique spatiale et architecturale en place. « Nous avons gardé autant que possible les éléments structurels intérieurs pour ne pas tomber dans ce travers de la réhabilitation qui consiste à conserver uniquement les façades », commente Philippe Guyard. La maison médicale s’accommode ainsi des pièces commandées et du plan en enfilade sans couloir, trouvant son organisation propre. Les refends sont épaissis pour y loger les services. À Thorens-Glières, GBAU procède d’une démarche inclusive, contenant les nouvelles interventions dans l’histoire des lieux : « Le rejet du pittoresque ou, à l’inverse, d’un contemporain trop prégnant et tapageur trouve sa résolution dans le dosage des techniques et de matières non invasives. » Le fin travail sur les menuiseries, les enduits et le badigeon à la chaux témoignent de cette attitude. De même, les planchers bois sont conservés et confortés par des poutres HEA retroussées sur le solivage, mises en œuvre dans l’épaisseur du lambourdage originel.
Le projet comme catalyseur
À la fois différentes dans leur expVersion:1.0 StartHTML:0000000167 EndHTML:0000011008 StartFragment:0000000713 EndFragment:0000010992 ression architecturale et semblables dans leur capacité à déjouer les limites physiques du cadre imposé par la commande, les deux opérations de Chambéry et de Thorens-Glières rappellent la profession de foi de GBAU : « Le projet, qu’il s’impose ou qu’il s’efface, doit porter en lui des ressources qui puissent opérer comme catalyseur pour qu’émerge une nouvelle histoire du lieu, une transformation vers ce que le lieu veut être. Nous croyons au dessin manuel, à la puissance de la géométrie, à la clarté du plan, à la mesure conférée par la mise en œuvre. Nous croyons aux vertus d’une structure ou d’une forme qui servent de stratégie de disponibilité aux évolutions futures », confient-ils sur fond de passion pour la culture constructive et d’obsession du détail, constitutives de leur façon d’appréhender l’architecture.

