Copyright : ©Patrick TOURNEBŒUF

[ Maître d’ouvrage : Ville de Paris, direction de l’Architecture et du Patrimoine – Maîtres d’œuvre : Thibaud Babled, Armand Nouvet, Marc Reynaud ; suivi de chantier, Stéphane Berthier – BET : structure, EVP ; fluides, SIB ; économie, Ecotech – Entreprise générale : Candet Construction – Ossature et menuiserie bois (fabrication) : Ermabois (Épinal) – Surface : 954 m2 – Coût : 1,23 million d’euros HT – Calendrier : projet, 2003-2005 ; chantier, octobre 2005-avril 2006 ]

Lorsqu’on n’y accompagne pas ses enfants, c’est en se rendant aux urnes que l’on découvre ces palais de la République du quotidien. Par leur austérité et leur monumen-talité, les écoles primaires construites à Paris entre 1870 et 1914, et que l’on appelle parfois « écoles Jules-Ferry », invitent les citoyens à la solennité, les écoliers à l’obéissance et les architectes qui doivent les transformer à la plus grande retenue. Tel semble avoir été le sentiment qui a guidé l’atelier BNR (Thibaud Babled, Armand Nouvet et Marc Reynaud) à l’occasion de la restructuration du groupe scolaire Jouffroy-d’Abbans à Paris, dans le XVIIe arrondissement.


Opération modeste par son programme – moins de 1 000 mètres carrés –, elle est un modèle de discrétion. À l’image de l’école elle-même, nichée au cœur d’un îlot haussmannien et à peine visible depuis l’espace public, les deux petites extensions conçues par l’atelier BNR sont logées, calées, au fond de chacune des deux cours de récréation de l’école. Ces austères quadrilatères minéraux où résistent quelques feuillus sont dominés par les trois niveaux de façade que l’architecte E. Paulin a dessinés en 1895. À l’appareillage de pierre rigoureux et aux portails démesurés du rez-de-chaussée – que pourraient emprunter des gardes républicains à cheval plutôt que des bambins –, l’atelier BNR a opposé une architecture d’échelle réduite et d’apparence plus fragile.

Les deux édifices, presque identiques et qui abritent une classe et un réfectoire, sont construits en bois. La structure porteuse et les huisseries des larges baies ont été fabriquées en pin d’Oregon par une entreprise de menuiserie vosgienne. Acheminées, pièce par pièce, par l’étroite porte d’entrée de l’école, qui constitue le seul accès au chantier, elles ont été assemblées sur place par l’entreprise générale. Les deux bâtiments, qui constituent un « fond de scène » au jeu des enfants durant les récréations, présentent frontalement des élévations régulières et sérielles qui n’ont rien à envier au rationalisme « viollet-le-ducien » de l’architecture de la troisième République.

C’est en s’approchant, en zigzaguant comme le font des enfants lorsqu’ils poursuivent un ballon, que se révèle la complexité du dispositif. La structure extérieure, qui porte une poutre à plat, génère une épaisseur dans laquelle les écoliers s’aventurent et s’accrochent aux fins poteaux comme à des branches, avant de s’effondrer, épuisés, sur la mince estrade qui fait seuil avec le niveau de la cour. Lorsqu’elles pivotent, les larges baies vitrées contribuent à rendre plus incertaine encore cette façade dont le cinétisme s’oppose au statisme de l’architecture existante.

De quoi s’agit-il alors ? De cabanes ? D’immeubles-meubles à l’image de celui construit dans la Hebelstrasse à Bâle par Herzog et de Meuron ? De bateaux dans une bouteille ? Ce sont en tout cas des dispositifs qui non seulement remplissent la fonction pour laquelle ils sont faits mais qui transforment également en profondeur leur environnement, actualisant les usages qu’ils accompagnent. L’architecture n’est pas ici un miroir que les architectes se tendent à eux-mêmes, une sculpture expressionniste, mais un artefact qui à la fois réfléchit son contexte et participe à l’invention d’une nouvelle situation construite.


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