Copyright : ©Filip DUJARDIN

Artistes : Gijs Van Vaerenbergh

Structure : Bollinger + Grohmann

Suivi de projet : Klaas De Rycke

Réalisation : Meuwes Laswerken

Livraison : Juillet 2015

Cent quatre-vingt-six tonnes d’acier nuance S235 sont déployées dans un labyrinthe dressé à Genk, en Belgique au pied du chevalement d’une ancienne mine de charbon transformée en centre d’art. Une oeuvre d’art qui doit aussi beaucoup à l’ingénierie. 

 

Oscillant entre l’espace du jeu et celui du cauchemar, le labyrinthe traverse l’histoire de l’architecture depuis l’Antiquité. On le retrouve dans la mythologie, les dallages des églises du Moyen Âge, l’art des jardins, voire parfois l’urbanisme – de la ville médiévale aux dédales tridimensionnels des stations de correspondance des mégapoles contemporaines. De multiples explications tentent d’élucider les mécanismes qui ont pu conduire à la construction d’un dispositif spatial des plus pervers, dont le but aberrant est d’égarer plutôt que de guider, de désorienter plutôt que d’orienter. Certains y ont vu une métaphore du savoir, du cheminement de la spiritualité, de la perplexité des hommes face aux mystères de la vie, aurait suggéré Borges. Ces figures hantent sûrement nos inconscients comme celui de Pieterjan Gijs, un artiste belge qui a conçu avec son compatriote architecte Arnout Van Vaerenbergh le Labyrinth, une installation réalisée à l’occasion des dix ans du centre d’art C-Mine, implanté sur le site d’une mine réhabilitée par les architectes de 51N4E (voir d’a n° 202).

Le duo a réalisé en 2011 une installation remarquée, une sculpture reconstituant la volumétrie d’une église à partir d’un empilement de strates horizontales de tôles séparées par des montants verticaux, à la matière d’une étagère (Reading Between the Lines, Borgloon, Belgique). Une oeuvre faisant référence à une église iconique, alors que le labyrinthe de Genk, bien que sûrement investi de la symbolique de la forme, veut avant tout proposer une expérience spatia- le, proposant de redécouvrir le site au travers d’un assemblage d’un kilomètre de plaques d’acier de 5 mètres de haut sur 1,50 mètre de large, disposées dans un carré de 37,5 mètres de côtés. 

 

LABYRINTHE 2.0 

La figure du labyrinthe pourrait s’offrir en parfaite métaphore des troubles du monde actuel, comme elle représentait ceux des époques passées. Pour ancrer leur installation dans un propos plus contemporain, Gijs Van Vaerenbergh l’ont manipulée avec les outils actuels de l’informatique. Le réseau de plaques voit son ordre perturbé par une série d’opérations booléennes familière aux utilisateurs de logiciel 3D. L’intersection de volumes virtuels avec les parois du labyrinthe détermine des percées visuelles, des passages impromptus ou une altération du système formel du dispositif, reposant sur l’orthogonalité. Les enfi- lades de cercles homothétiques découpés dans les tôles évoquent Gordon Matta- Clark ou Dan Graham, des références assumées par les deux concepteurs. Entre la commande et l’inauguration, deux mois à peine se sont écoulés. L’utilisation de brique ou de bois avait été envisagée, mais c’est l’acier qui répondait le mieux aux contraintes de coût et de délai. Toujours pour des raisons de budget, l’épaisseur des plaques a été réduite à 5 millimètres, cellesci étant soudées par des points espacés de 30 centimètres, moins coûteux qu’un trait de soudure continu sur la hauteur des panneaux. La faible épaisseur rajoutait des difficultés, en augmentant la sensibilité au flambement. La chaleur de la soudure pouvait aussi percer des trous dans le métal peu épais. Des raidisseurs verticaux ont été installés ponctuellement et des tubes fins en acier liaisonnent les têtes des plaques pour renforcer la rigidité d’ensemble.

Toute la structure a été calculée par l’antenne parisienne du bureau d’études allemand Bollinger + Grohmann, qui a également développé les solutions techniques de soudure, d’accroche et de rigidification des éléments. Le statut d’oeuvre d’art de l’installation a permis de diminuer les contraintes admissibles au vent et de ne pas prendre en compte les questions de dilatation. Le bureau d’études a été son propre bureau de contrôle.

« Il n’y a pas d’art sans liberté », proclamait un temps un slogan de l’artiste Ben, placardé sur un mur de la rue de Belleville, à Paris. Il faudrait ajouter que, dans le domaine de l’installation, il n’y a parfois pas d’art sans ingénierie, et sans une certaine distance avec les DTU. 

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