Copyright : ©Olivier DANCY
Maître d’ouvrage : Communauté urbaine du Grand Nancy
Maître d’ouvrage mandataire
: Solorem
Maîtrise d’œuvre
: Atelier Marc Barani, Architecte mandataire ; Christophe Presle, Architecte associé
BET
: Artelia
BET acoustique
: Francis Fontanez
Bureau d'Étude façade
: VS-A
Scénographie
: Ducks Scéno
Signalétique
: CL Design
Programme
: Halle d'exposition, salles de commission, 2 amphithéâtres de 850 et 300 places, restaurant, parking de 450 places
Shon
: 19 000 m²
Coût
 : 55,6 millions d’euros
Calendrier
 : Études, 2007-2010 ; Livraison, juin 2014

De l’ancienne gare, nous nous glissons rapidement dans son extension, réalisée en 2008 par Arte-Charpentier, qui nous mène directement face au nouveau centre de congrès. Nous y pénétrons, avant d’être emportés par des escalators qui nous mènent sur une plateforme où deux volumes cadrent une ville moderne, loin de Stanislas et de sa place. 

 

Le centre des congrès de Nancy, dont nous avions rendu compte de la consultation dans le n° 169 de d’a en janvier 2008, a ouvert ses portes cet été. Cet édifice prestigieux n’a pas surgi ex nihilo des friches ferroviaires en voie d’urbanisation, il est venu s’immiscer dans l’iconique Tri postal construit de 1969 à 1970 par Claude Prouvé – le fils de Jean Prouvé. Une construction fonctionnelle qui, rejetant les circulations verticales, les fluides et ses emblématiques toboggans à courrier à l’extérieur, anticipait l’organisation du Centre Pompidou et semblait s’offrir dès sa conception à toutes formes de réappropriation. 

Mais ce qui s’annonçait comme un simple passage de témoin ne s’est pas accompli aussi facilement. Le changement de programme a d’abord entraîné de multiples renversements de situation. Ensuite, loin d’une simple réhabilitation, c’est une véritable refondation qu’a proposée Marc Barani, dont la philosophie de l’architecture, tout en paraissant a priori très proche de celle de Claude Prouvé, en est en fait très éloignée. 

 

PERMUTATIONS

Le centre des congrès opère plusieurs transformations de l’ordre existant. Il vient d’abord occuper un bâtiment industriel excentré que l’on peut considérer comme une annexe technique de la gare des chemins de fer. Mais il réussit sans peine à inverser cette relation de subordination et finit par considérer la gare comme l’une de ses dépendances, à la manière dont le Centre Pompidou a assujetti celle de Metz, devenue sa desserte. 

Autre permutation, cette fois dans le bâtiment réhabilité lui-même, qui du statut d’espace servi régresse à celui d’espace servant. Autrefois réservé aux opérations de tri, il s’ouvrait sur les voies grâce à une halle à deux nefs, semblables à des fourreaux, dans lesquelles s’enchâssaient les trains postaux. À l’emplacement de cet élément secondaire, se dresse aujourd’hui une construction neuve qui contient la salle d’exposition et les auditoriums. Tandis que l’ancien bâtiment soulève indécemment ses jupes et voit la ville monter jusqu’au niveau de ses quais pour s’ouvrir sans retenue sur la place de la République et le boulevard Joffre. Désormais cage d’escalier géante, il accueille les circulations verticales et les espaces annexes, les salles de commission et, au troisième et dernier étage, le restaurant panoramique et ses cuisines. 

À ces premières transformations vient encore s’ajouter le passage d’une construction plutôt verticale à une masse horizontale. Le centre de tri fonctionnait comme un tamis où le courrier était acheminé au dernier niveau par des monte-charges pour redescendre ensuite en empruntant les toboggans, trié de plus en plus finement par pays, département, ville. Comme une tour technique, il venait équiper les voies. Le bâtiment neuf qui vient s’y adosser confère maintenant à l’ensemble une indéniable autonomie. Et l’évidence d’un horizon qui s’étale le long du dernier grand vide sauvage de l’ancienne capitale du duché de Lorraine, pour mieux le domestiquer.


Cette réalisation arrive, avec son parvis en pente qui la relie organiquement à la place de la République, à retourner le caractère périphérique de ce lieu enclavé par les voies ferrées. Elle se constitue désormais comme un centre, le centre du quartier d’affaires existant comme celui du futur écoquartier. Une stratégie très nancéienne, puisque la place Stanislas elle-même a été construite à l’extérieur de l’enceinte qui fermait encore au début du XVIIIe siècle la vieille ville pour se constituer comme le centre de la ville nouvelle. 

 

PAS LE PLANCHER, LE SOL ! 

Mais le plus frappant dans cette transformation, c’est le changement de substance du bâtiment réhabilité. Même si la membrane de verre et d’aluminium, raidie par le fameux profil « tour Eiffel » dessiné par Jean Prouvé, a été remontée à l’identique sous la pression d’historiens sourcilleux. Le Tri postal se présentait comme un objet technique parfaitement décomposable : une structure formée de poteaux cruciformes, de dalles et de poutres précontraintes, accompagnée de tourelles extérieures en béton contenant les sanitaires et les circulations verticales, permettant son contreventement. Avec Barani, il se transforme radicalement : ce ne sont plus des planchers soutenus par des poteaux mais c’est un sol qui, avec ses 6 mètres de hauteur sous plafond et sa capacité à porter plus de 15000 kg au mètre carré, dégage une atmosphère propre, une lumière propre, un climat propre, et sur lequel peuvent se fonder, en retrait des façades, d’autres constructions. Des « maisons » en 

aluminium contenant les salles de commission. Une transformation tellurique qui se poursuit dans la faille creusée dans la construction pour permettre aux escalators aléatoirement lancés dans le vide d’accéder aux auditoriums. 

 

APOLOGIE DU VOLUME ET DE LA LUMIÈRE 

Si la réhabilitation est en fait une transsubstantiation, le bâtiment neuf, lui, obéit encore à d’autres principes. Ainsi, au lourd squelette de béton nettement perceptible de l’extérieur à travers sa fine peau de verre tendue s’opposent des volumes massifs posés les uns sur les autres : celui de la salle d’exposition et celui de sa haute fenêtre en longueur qui esquisse un plateau de table sur lequel viennent se placer les deux amphithéâtres inversés.


À l’intérieur de la construction nouvelle, les poteaux cruciformes et leurs poutres précontraintes se sont évanouis : ils sont remplacés par des murs. Quant aux poutres métalliques qui soutiennent le premier étage, elles disparaissent dans les flots de lumière qui coulent à contre-jour de l’ouverture où elles se sont engagées pour prendre appui. Loin de la rationalité des Prouvé, les masses semblent librement flotter dans un liquide amniotique.


Ce jeu de volumes n’apparaît pas « sous » – selon la célèbre formule corbuséenne – mais « avec » la lumière naturelle. Elle devient un matériau que le maître d’œuvre n’hésite pas à utiliser comme une vulgaire lumière artificielle. Une recherche qui trouve son origine dans l’enveloppe en verre dépoli du parking de l’aéroport de Nice réalisé en 2012. Opalescence et éblouissement composaient un spectacle permanent diffractant l’imperturbable lumière grecque de la Côte d’Azur. L’enveloppe de verre qui recouvre les auditoriums n’est ici qu’une double peau, montée sur une impressionnante structure d’acier galvanisé et cachant une paroi bardée de plaques d’aluminium perforées. Les dalles dépolies qui la composent préservent entre elles des interstices inégaux semblables à des notes sur une portée. C’est une façade qui ne met pas directement en relation un dehors et un dedans, mais qui intercède. Elle capte la lumière changeante de la Lorraine pour accorder à ces masses opaques une translucidité bienvenue. Ce dispositif nuageux et lumineux, qui estompe l’opacité du bâtiment, joue encore sur l’acoustique de la rue en absorbant ses nuisances sonores. Comme si le ciel touchait la terre.