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Belle boîte vitrée munie d'un porte-à-faux, dans la veine de l'architecture super-dutch, et munie d'un étrange plan incliné que n'aurait pas renié Koolhaas, la bibliothèque de Pärnu semble faire l'éloge de la transparence démocratique. Le public doit voir les livres depuis la rue et associer l'édifice à l'espace et au bien public. L'équipement s'élève sur un site ravagé par l'histoire, dans un quartier reconstruit par les Soviétiques sur les ruines du centre historique, totalement détruit durant la guerre. La bibliothèque ferme l'axe d'une percée stalinienne inaboutie, voie radiale commençant sur les vestiges d'un des premiers châteaux construits en Estonie par les chevaliers teutoniques. Le nouvel équipement doit apporter un peu d'animation dans le quartier. Il tente de redonner une cohérence à un contexte tourmenté : le porte-à-faux et la place offrent un débouché dissymétrique à l'avenue stalinienne, atténuant son monumentalisme rigide. Les places surélevées répondent aux bâtiments alentour. L'utilisation du vitrage partant de plancher à plancher place le rez-de-chaussée en continuité avec l'espace public qui l'entoure.

La construction de la bibliothèque s'est étalée sur près de dix ans, une durée exceptionnelle pour l'Estonie, où l'exécution suit de près la réalisation. Cette situation s'explique en grande partie par les aléas de la vie démocratique et des problèmes de financement. Entre autres péripéties, le projet vit passer cinq maires différents, son programme fut réduit, puis augmenté, divisé, il fut envisagé d'en louer une partie. La première phase, non prévue lors du concours, resta vide durant une année après son achèvement, ses espaces extérieurs supprimés, puis restitués à l'équipement, le verre remplacé par des plaques de tôle…

Les vicissitudes ne semblent pas avoir affecté l'architecture, qui conserve son unité. L'organisation particulière du plan donna peut-être la souplesse requise à un équipement devant affronter de nombreux changements. Les architectes ont choisi de limiter au maximum les hiérarchies entre les espaces, trouvant pour la bibliothèque un modèle inhabituel : « L'innovation principale du programme réside dans le fait que tous les livres sont en accès direct. Le public peut arpenter librement les allées et feuilleter les volumes. On peut la comparer à une sorte de banal supermarché, dont on parcourt les rayonnages et où il est très facile de trouver le produit que l'on cherche [ici, un livre]. La seule différence majeure est que personne ici ne vous obligera à acheter quelque chose. » Le commerce détourné au profit de la culture, la réponse du berger à la bergère en somme !

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