© OMA et Squint/Opera

Sous la pression de l’injonction à l’ambulatoire, des logiques gestionnaires et du technosolutionnisme, l’hôpital se vide de ses chambres et de son hospitalité. L’architecture est pourtant sommée de faire soin, en soutenant dignité et autonomie des malades.

 L’architecture des hôpitaux évolue de concert avec le développement des connaissances scientifiques, les pratiques médicales, les transformations démographiques et la culture de la société qui commande leur édification. Ces établissements de santé sont devenus plus sûrs, plus performants, et ont intégré les technologies les plus avancées. Mais dans un même mouvement, ils sont aussi devenus plus austères, inquiétants et même déshumanisants. Des malades s’y sentent isolés, défaits de leurs habitudes, alités dans des chambres dépourvues d’intérêt. Doit-on continuer à concevoir des dispositifs médico-techniques que les plans directeurs et les labels – qui se succèdent pourtant – peinent à humaniser ? Les usagers de l’hôpital changent. Ils ne sont plus des patients – qui patientent et qui pâtissent – mais des sujets de droit dont les besoins, les requêtes et les craintes doivent être respectés. Les prises en charge s’articulent désormais autour des principes de dignité et de soin. Le soin n’est pas à un « supplément d’âme » qui rendrait la pratique médicale plus empathique ou plus humaine.

À l’hôpital, le soin peut être conçu comme un ensemble d’activités, d’attitudes et de réseaux de soutien à la personne dans les multiples dimensions de sa vie. La médecine n’est toujours qu’un soin et le soin n’est toujours qu’un ensemble d’intentions, de techniques et de sciences visant à répondre à l’appel de l’autre, un humain souffrant qui demande à être soulagé. Une altération biologique ne saurait être prise en charge sans que l’on se préoccupe également des retentissements qu’elle a sur la vie de la personne, sur ses relations et sa participation sociale, sur son autonomie et sa liberté, et sur la valeur qu’elle donne à son existence. Le soin doit redonner de la souplesse et de la richesse à la vie, y compris pendant les hospitalisations. C’est cette éthique qui doit désormais guider des architectes faisant droit à la dignité des malades, c’est-à-dire leur permettant de vivre une existence pleine et intéressante durant la maladie et les traitements. (...)

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