L’architecture, une pratique politique
À l’heure où les architectes sont enjoints à « habiter le trouble » d’un monde qui court au désastre, quel pouvoir leur reste-t-il ? Leur faut-il entrer en résistance et mettre leur pratique et leur discipline au service d’une cause ? Elles et ils sont de plus en plus nombreux à le faire. Avant d’aller à leur rencontre, il nous faudra d’abord nous demander ce que l’on entend par « l’engagement des architectes ». Dans la mesure où se mettre au service de la qualité architecturale exige une détermination inébranlable, cet engagement ne relève-t-il pas de la tautologie ? Ce mérite ne signe pourtant pas seul l’acte d’engagement. En tant que promesse, l’engagement est accompli quand, se concrétisant, il dépasse le seul périmètre du projet et de son appareil productif. Il se définit alors par sa double portée politique. D’abord par sa capacité à transformer le réel pour l’extraire du principe de « destruction créatrice » propre au monde du bâtiment. Ensuite parce que l’engagement au service d’une architecture réparatrice ne peut être solitaire : il appelle à une mobilisation collective au service du bien commun et de l’intérêt public au sens de la loi du 3 janvier 1977, qui, à l’orée de ses cinquante ans, mérite d’être ravivée. Et nous verrons qu’en tant que discipline du sensible, l’architecture fait atterrir autant d’expressions esthétiques qu’elle incarne de causes différentes.