Depuis plus de vingt ans, Sébastien Martinez-Barat et Benjamin Lafore (MBL) procèdent par prélèvement et assemblage d’images, de documents ou d’objets trouvés pour construire des inventaires ouverts et performatifs de la vie domestique péri-urbaine. Nous les avons rencontrés pour saisir comment cette démarche nourrit aujourd’hui leur pratique de la maîtrise d’œuvre.
« Le mot enquête n’est pas venu tout de suite… En réalité, nous avons commencé à l’employer à l’agence, dans le cadre de nos projets, pour l’opposer à la notion de diagnostic. La notion d’enquête désigne un processus ouvert et en prise avec le réel, tandis que celle de diagnostic envisage le projet comme la guérison d’une pathologie. »
Lorsqu’ils se sont rencontrés au début des années 2000 à l’école d’architecture de Toulouse, Sébastien Martinez-Barat et Benjamin Lafore ont très vite compris ce qu’ils avaient en commun : une enfance dans ces lotissements pavillonnaires que leurs professeurs leur demandaient de détester, une fascination pour l’archéologie et un goût certain pour la collection (de cartes postales de châteaux et d’églises pour l’un, de stylos Bic 4 Couleurs pour l’autre). Alors ? Alors, ils sèchent les cours et commencent à arpenter la ville ordinaire. Ils découvrent les travaux de Denise Scott Brown et Robert Venturi et ceux de Charles Jencks, lisant Guillaume Dustan, Édouard Levé ou Annie Ernaux, et s’intéressent aux artistes conceptuels qui mobilisent une esthétique relationnelle tels que Sophie Calle, Daniel Buren ou Mathieu Mercier chez lequel ils effectueront tous leurs stages d’étudiants. Dix ans plus tard, après avoir terminé leurs études à Paris-Malaquais, ils ont déjà créé un collectif, « La ville rayée », et rejoint Aurélien Gillier pour fabriquer la revue Face B. Identifiés et reconnus dans la décennie 2010 pour leur appétence pour l’observation, leur goût pour les objets trouvés et leur talent pour les juxtaposer à l’occasion de stimulantes expositions (dernière en date « Impasse des Lilas », à arc en rêve en 2022), ils commencent par construire des projets d’appartements, de maisons, de galeries, d’espaces de travail, ensuite rejoints par Florian Jomain.
Se laisser surprendre
« Ne rien savoir, tout découvrir », telle pourrait être aujourd’hui la devise de l’agence, qui reprend le titre éponyme d’un article de Sébastien Martinez-Barat en 2021 pour un numéro de la revue Plan L**** (dont il assume la rédaction en chef depuis 2019) consacré à l’enquête. Mais comment expliquer à un maître d’ouvrage cette démarche qui consiste à ne jamais poser d’hypothèse de projet a priori, à préférer le processus du projet au dessin lui-même, à éviter les grands gestes quitte se laisser surprendre par la forme finale ? « En expliquant que le réel est prescripteur, et en nommant les choses pour les faire exister », répondent-ils avec flegme. Est-ce si simple que ça, lorsque l’on construit désormais pour BNP Paribas ou pour Linkcity ? Pas toujours, évidemment, d’ailleurs un projet avec Kaufman & Broad à Toulouse n’a finalement jamais trouvé suite, faute d’accord. Mais dans d’autres cas, lorsque la maîtrise d’ouvrage est à l’écoute, cela permet d’infléchir très positivement les programmes. (...)