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Le 15 janvier dernier, le Pavillon de l’Arsenal a divulgué les noms des équipes lauréates de la nouvelle session de réinventer Paris. Avant l’exposition, revenons sur quelques-unes de ces propositions.

La plupart des réponses à la seconde édition de l’appel d’offres Réinventer Paris témoignent d’une certaine maturité face à ce nouveau type de mise en concurrence. Les règles du jeu imposées par la mairie semblent avoir été assimilées par les équipes qui proposent des stratégies beaucoup plus fines. Rappelons que la ville vend des terrains lui appartenant en modulant l’offre financière en fonction de la qualité architecturale et programmatique des solutions apportées. Un système qui met en première ligne les maîtres d’ouvrage en les obligeant à s’investir dans l’avenir de la ville et qui implique une mutation du rôle des architectes qui, loin de seulement répondre en termes d’espace à un programme imposé, doivent participer activement à l’élaboration de ce dernier et apprendre à travailler avec d’autres acteurs de la construction du cadre bâti. Comme la fois précédente, les sites sont très divers et souvent difficiles. Ainsi sur les 31 proposés à l’appel d’offres, 11 n’ont pas trouvé d’acquéreurs. Ce sont en général des locaux occupés par les services techniques de la ville et rattrapés par leur valeur foncière, des gares, des tunnels, des stations de métro ou des parcs de stationnement désaffectés. Comme l’espace souterrain de l’ancienne gare des Invalides, réalisé pour desservir l’esplanade lors de l’Exposition universelle de 1900 et aujourd’hui sporadiquement occupé. Contrairement à ce que nous faisons d’habitude dans cette rubrique fondée sur le comparatisme, nous avons préféré, cette fois, analyser sans les comparer quatre des projets lauréats. Des projets où des litanies de bonnes intentions et des perspectives d’ambiance souvent trompeuses tendent à se substituer aux notices architecturales, aux plans, aux coupes et aux dessins techniques… La métaphore érotique « Les dessous de Paris » ayant été déjà utilisée dans le dossier de presse, permettez-moi de l’amplifier et de décliner les quatre propositions retenues comme quatre manières d’aimer la ville : légèrement, sentimentalement, aveuglément, profondément… Effeuillons ensemble la marguerite.

Légèrement

Centre de répartition Laumière (19e)

Promoteur : Sogeprom – Architectes : NP2F 

Il s’agissait de réhabiliter l’ancienne sous-station électrique de la rue Armand-Carrel, dans le 19e arrondissement, composée d’un bâtiment d’un seul étage construit en 1906 et possédant un sous-sol très haut de plafond. NP2F a imaginé à cet emplacement un établissement spécialisé dans l’accueil des sportifs, poussé en ce sens par Melt, un opérateur concerné par la recherche de nouvelles formes d’hébergement et notamment connu pour avoir ouvert à Bordeaux un hôtel thématique consacré à la musique. Ce projet permettra ainsi d’accueillir des équipes venues participer à des compétitions dans la capitale, des athlètes de haut niveau réclamant des services très spécifiques ainsi que des hôtes simplement à la recherche de lieux atypiques. Rappelons que ces jeunes architectes réfléchissent depuis plusieurs années sur la place du sport dans la ville contemporaine, en témoignent leur exposition au Pavillon de l’Arsenal en 2014 sur ce thème (avec Thierry Mandoul) ainsi que leur bassin de plongée conçu avec Jacques Rougerie pour le quai de la Rapée, remarqué mais non retenu par le jury de la consultation Réinventer la Seine. Sur le socle en pierre de taille édifié du début du XXe siècle, dont les allèges des fenêtres ont été déposées pour permettre une plus grande porosité, vient donc se poser une structure légère en bois abritant les chambres. Elles seront de trois catégories – pour deux, quatre ou six personnes – permettant d’inséminer un peu de l’expérience du co-living dans des typologies très contraintes. Au rez-de-chaussée, au sous-sol et à l’entresol s’immisceront le café, le restaurant, deux grandes salles, des bains, des espaces de massage, des vestiaires. Des équipements qui resteront mutualisables et ouverts sur le quartier. Au dernier étage : un sauna et, sur la terrasse, la possibilité de déployer l’hiver une enveloppe gonflable pensée avec Hans Walter Müller. La collaboration avec cette figure tutélaire de l’architecture radicale des années 1970 permet d’accorder une légitimité supplémentaire à cette opération en lui apportant une part d’utopie – qui reste cependant très cadrée. Une aventure qui a toutes les chances d’aboutir grâce, en outre, à sa proximité avec le parc des Buttes-Chaumont comme avec les futurs équipements olympiques prévus pour 2024.

 

Sentimentalement

La Cité universelle (porte de Pantin)

Promoteurs : GA Smart building – Architectes : Baumschlager Eberle Architekten, Inedit Architecture, Wagon Lanscaping, Cassio P, Handigo, Alphaville, 10 h 11

Beaucoup de bons sentiments dans cette proposition qui s’est d’abord appelée « La Cité du handicap » avant de se nommer « La Cité universelle », un titre plus fédérateur. Architectes et promoteurs semblent avoir cherché à canaliser les grandes vagues d’empathie suscitées par les Téléthons et les autres grands rassemblements caritatifs pour faire passer leur proposition. L’idée est simple : concevoir un bâtiment abritant une salle de sport, des services sociaux, un restaurant et un centre d’hébergement accessibles à toute personne : qu’elle se déplace en fauteuil roulant, ait des problèmes de malvoyance ou souffre d’autres handicaps. Cette construction atypique vient se glisser le long du périphérique, en limite des communes du Pré-Saint-Gervais et de Pantin, sur un vaste terrain aujourd’hui en jachère et en partie occupé par une préfourrière. Le projet n’est pas inintéressant, mais reste étrangement inabouti : une superposition de strates programmatiques entourées de rampes d’accès pour PMR qui font office de pare-soleil, que des perspectives totalement irréalistes nous montrent lévitant autour du bâtiment comme autant d’anneaux de Saturne. Ce dispositif rappelle à la fois une tour de Babel et le Macy’s Queens Plaza de SOM à New York (1965), un shopping center autistique entouré d’un manchon de plateaux-parkings superposés pour mieux en desservir chaque niveau. Plus que dans la ville, le projet semble trouver son contexte dans les flux – les voies de circulation et les lignes de transport en commun qu’il parasite – tout en restant essentiellement un objet périphérique. Il n’entretient que peu de rapports avec la Cité de la musique de Christian  Portzamparc et la Philharmonie de Jean Nouvel, pourtant très proches. Ces dernières cherchent elles aussi à susciter l’émotion, mais elles le font en jouant savamment avec le programme et non en l’exhibant simplement.

Aveuglément

Ancien poste de transformation (11e) 

Promoteurs : Batipart Immo Europe Management France – Architectes : Gillot + Givry

Il fallait cette fois aller au chevet d’un transformateur EDF en déshérence, un bunker massif et profond. Un bâtiment cependant très habilement composé, remarquable notamment par sa façade rapportée, monumentale et symétrique, qui s’affiche sur le boulevard de Charonne et sait se poursuivre sur quelques mètres sur l’étroit passage du Bureau pour bien marquer l’angle des deux voies. À l’intérieur, une faille piranésienne, étroite et spectaculaire, diffuse une clarté sépulcrale sur les hauts étages variant entre 4 et 5 mètres sous dalle. L’intérêt du projet porté par Batipart et Gillot + Givry réside surtout dans la programmation très fine de ces espaces en lieu de production, d’enregistrement et de diffusion de la musique. Les blocs programmatiques viennent ainsi parfaitement s’immiscer dans cette structure, comme si elle avait été conçue très spécifiquement pour eux. Les salles de concert et de répétition ainsi que les studios d’enregistrement prendront leur quartier dans les sous-sols éclairés par une dalle de verre. Les cafés et les commerces viendront s’ouvrir au rez-de-chaussée sur la rue et le passage en impasse, rappelant la typologie des cités industrielles de la rue Oberkampf. Tandis qu’aux étages les bureaux des divers métiers du son – allant de l’avocat spécialisé dans les droits d’auteur à la société d’édition, en passant par le graphiste qui dessine les affiches de concert comme les pochettes d’album – seront desservis par des coursives placées de part et d’autre de la faille centrale, dont la luminosité sera généreusement amplifiée. En toiture se déploiera l’inévitable jardin ouvert sur la ville. Et mon tout se présentera comme un incubateur dédié à un secteur de pointe, totalement en phase avec les transformations de ce quartier en pleine mutation. 

Profondément

Esplanade des Invalides (7e )

Promoteurs : Emerige (mandataire) / Nexity / NJJ Project Five / SemPariSeine – Architectes : Dominique Perrault (mandataire) / Pierre-Antoine Gatier architecte en chef des monuments historiques Autres intervenants : Gaëlle Lauriot-Prévost Design / Louis Benech Paysagiste…

Tout le monde connaît le bâtiment d’Air France aux Invalides mais peu de gens se doutent qu’il s’agit d’une ancienne gare donnant accès à une très belle salle souterraine réalisée en 1900 pour desservir l’un des sites de l’Exposition universelle. Désormais désertée par les trains et colonisée par une déchetterie de la ville et des locaux de maintenance de la SNCF, cette salle hypostyle, avec ses colonnes en fonte et ses poutres d’acier, dialogue pourtant encore en sourdine avec le pont Alexandre III, le Grand et le Petit Palais… À l’aise dans cette problématique, Dominique Perrault propose de dédier ces espaces à l’artisanat d’art et à la transmission des savoir-faire. Son parti est simple et efficace : dégager la construction principale des planchers et des cloisons qui la parasitent, retravailler à travers la cour son articulation avec la nappe enterrée qui en compose le système racinaire. Redonner à ce sous-sol, implacablement tramé, son lustre d’antan et révéler sa modernité latente en le traitant comme un plan libre d’avant la lettre. Entre les murs de pierre et sous la structure et la verrière du bâtiment principal viendront se glisser les mezzanines et les passerelles métalliques du dispositif arachnéen mettant en scène les différents métiers d’art. Un espace entrecoupé de vastes pans de métal tissé en lévitation. Tandis qu’en sous-sol les colonnes en fonte scanderont à nouveau un espace seulement interrompu par des parois vitrées qui délimiteront les nouvelles zones d’activités : un musée ludique pour les enfants, le restaurant Françoise totalement réaménagé et les services municipaux réorganisés. Des espaces qui pourront peut-être un jour communiquer directement avec la station de métro comme avec les quais de la Seine. Un projet en parfaite continuité avec les préoccupations actuelles de l’architecte, la requalification de la poste du Louvre de Julien Guadet comme les sous-sols de l’île de la Cité…


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