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L’autoconstruction n’est plus promue en France depuis l’expérience des Castors, qui a tout de même autoproduit plus de 15 000 logements en dix ans à l’époque de la Reconstruction. Ces constructions « pour et par les ouvriers » seraient-elles sans portée dans le contexte actuel ?

Il est considéré aujourd’hui que la réduction des coûts du logement passe davantage par l’économie sur le foncier ou les intermédiaires. L’économie sur la construction ne serait intéressante qu’en cas de grande pauvreté (elle existe). De l’avis des spécialistes, le décret d’application de la loi Alur permettant de compenser l’absence de moyens financiers par un « apport en industrie », c’est-à-dire du travail de construction mutable en part de propriété d’une coopérative, n’est pas près de sortir. Il soulèverait des difficultés d’encadrement juridique. 

L’autoréhabilitation accompagnée est en revanche encouragée sous forme de prêts incitatifs par l’État pour massifier la rénovation énergétique des logements et maintenir les propriétaires occupants modestes. L’Agence nationale de l’habitat, via son programme « Habiter mieux », a financé depuis 2015 une quarantaine d’opérations d’autoréhabilitation de copropriétés, situées dans des secteurs programmés, quartiers politiques de la ville ou centres anciens. Le plan Initiative Copropriétés, lancé en octobre 2018, cible l’amélioration de 684 copropriétés en France sur dix ans, dont 128 ensembles immobiliers en extrême difficulté. Le maintien des habitants dans les lieux peut être considéré comme un gisement brut de logements, en particulier pour l’habitat pauvre ou modeste qui n’a cessé depuis un siècle et demi de se voir détruit et remplacé… pour d’autres populations. Les pratiques d’autoréhabilitation sont soutenues par des associations d’accompagnement comme les Compagnons-bâtisseurs et le réseau RéPAAR. Pour François Taconet, cofondateur et directeur d’Habitats solidaires, elles encouragent la réappropriation individuelle et collective des immeubles, et limitent à terme les risques de démolition (interview ci-contre). L’enjeu environnemental de l’empreinte carbone des démolitions-reconstructions pourrait bouleverser la donne dans les années à venir. Pour l’heure, on continue de démolir comme sous Haussmann au prétexte de désuétude ou d’insalubrité, et d’éloigner les plus pauvres. Mais réparer plutôt que reconstruire pourrait être demain la grande idée, y compris dans les quartiers les plus modestes, pauvres, voire informels.

L.G. et P.J.

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