n°320 - octobre 2024

  • 20 ans d'ANRU: les limites d'un système

    L’ANRU a vingt ans et un lourd bilan. En réponse au malaise des banlieues, la loi Borloo de 2003 a créé un système de destruction massive des grands ensembles. Cette entreprise d’effacement de l’histoire de la reconstruction et du patrimoine social moderne, menée au nom de la mixité sociale par la diversification de l’habitat, atteint aujourd’hui ses limites.
  • ANRU, système de démolition

    Démolir 175 000 logements pour en reconstruire 223 000 en vingt ans, c’est le pari qu’ont fait l’ANRU et ses partenaires – élus locaux, techniciens, urbanistes – pour sortir la France du « malaise des banlieues ». Ciblant les grands ensembles construits entre 1957 et 1976, qui représentent plus de 90 % des démolitions, cette entreprise d’effacement de l’histoire de la reconstruction et du patrimoine social moderne, menée au nom de la mixité sociale par la diversification de l’habitat, a montré ses limites, aussi bien sur le plan social qu’en termes de coûts financiers et environnementaux. En a-t-on fini pour autant ? Un tour de France de quelques projets de renouvellement urbain montre que de nombreux logements sont encore menacés de disparition. Les récentes mobilisations des habitants de ces quartiers en sursis, à l’occasion des 20 ans de l’ANRU, nous incitent à en reconnaître la valeur et à changer de logiciel. Le temps est venu de sortir du système de démolition-reconstruction pour exploiter l’extraordinaire potentiel de transformation et d’adaptation au réchauffement climatique de ces grands ensembles.
  • Cercle scolaire La Franche-Montagne, Maîche (Doubs)

    Maître d’ouvrage : commune de Maîche

    Maîtres d’œuvre : BQ+A (Bernard Quirot, Alexandre Lenoble, Chloé Blache et Julie Vielle associés) ; suivi de chantier, Chloé Blache

    BET : structure, Batiserf ; chauffage, ventilation, plomberie et sanitaire, Solares Bauen ; électricité, Projelec ; ordonnancement, pilotage et coordination, Batir ; Volga, aménagements paysagers

    Surfaces : neuf, 2 165 m2 ; réhabilitation, 1 562 m2

    Coût : 7,37 millions d’euros HT

    Livraison : août 2023

  • Changer le regard : patrimoines à haut potentiel de transformation

    par Isabel Concheiro

    La démolition des grands ensembles ne doit pas tomber sous le sens. Isabel Concheiro, architecte et enseignante à la Haute École d’ingénierie et d’architecture Fribourg (HEIA-FR), invite à reconsidérer avec attention ce patrimoine moderne et les usages de ses habitants. Un changement de regard qu’elle estime nécessaire pour envisager ces quartiers comme des ressources à valoriser et à transformer plutôt que comme un habitat criminogène à éradiquer.

    Biographie: 
    Isabel Concheiro est architecte, professeure et responsable du master de la filière d’architecture de la HEIA Fribourg (Suisse), et membre de l’institut de recherche TRANSFORM.
    Adam W. Pugliese, architecte, et Maxime Faure, cinéaste, tissent des liens communs entre architecture et image documentaire sous la forme de films, de photographies et d’installations. Leur premier film, Les Insulaires (2021), suit le quotidien de familles d’un quartier de grand ensemble avant sa démolition.


    « Ce patrimoine est une chance, il faut la saisir. »
    Francis Chassel, Plaidoyer pour les grands ensembles, 2011

  • Changer l’objectif : de la mixité sociale par la démolition à la transition écologique des quartiers Entretien avec Renaud Epstein, professeur de sociologie

    Renaud Epstein est professeur de sociologie à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye, spécialiste de la politique de la ville, auteur notamment de La Rénovation urbaine, Paris, Presses de Sciences Po, 2013 et de On est bien arrivés. Un tour de France des grands ensembles, Paris, Le Nouvel Attila, 2022.
  • En finir avec la doctrine de démolition-reconstruction

    par Pierre Chabard

    La « muraille de Chine » de Clermont-Ferrand, monument de 354 logements dominant la ville, a été détruite en 2023. Sa rénovation contrariée puis sa démolition très politique témoignent de l’échec d’un système à bout de souffle.

  • Entretien avec Anne-Claire Mialot, directrice générale de l’ANRU :« En vingt ans d’existence, la politique de renouvellement urbain a permis à 5 millions d’habitants de retrouver de la dignité par le logement »

    Parallèlement à notre dossier, « L’ANRU : un système de démolition », nous avons interrogé Anne-Claire Mialot. La directrice générale de l’ANRU nous a répondu par écrit ; elle défend le bilan d’une institution dont l’avenir est incertain et d’un système qui doit se renouveler pour faire face à de nouveaux enjeux, tout en assumant les démolitions jugées nécessaires pour adapter la configuration urbaine aux besoins d’aujourd’hui.
  • Espaces communs Concours pour l’astrolabe, la scène des musiques actuelles d’Orléans, Fleury-les-Aubrais

    Ouf, cette fois pas de bunker, ni de lanternes magiques, la plupart des équipes abonnées à ce type de programme semblent avoir été écartées. Les projets en lice, plus consensuels et plus ouverts sur leur voisinage, ont renoncé à jouer la rupture des rebelles du rock et de la musique amplifiée avec le reste du monde...

  • Faire revenir le renouvellement urbain dans le droit commun de l’urbanisme

    par Maxime Vicens, de l’association Alarm Club

    L’analyse en amont du modèle économique de l’ANRU et de la matrice financière des projets de renouvellement urbain devrait inciter les élus locaux à reprendre la main et à faire sans l’agence, plaide Maxime Vicens, de l’association Alarm Club.

    Biographie:
    Maxime Vicens est architecte, urbaniste et associé chez EXP architectes. L’Alarm Club est une association loi de 1901 qui alarme sur les dangers et les abus dans les domaines de l’art, l’architecture et la ville face au dérèglement climatique, à l’effondrement de la biodiversité et aux inégalités sociales. Elle organise des actions de tout ordre pour proposer de bonnes pratiques et ouvrir à de nouveaux paradigmes. L’association regroupe architectes, artistes, urbanistes, anthropologues, sociologues, ingénieurs…
  • Futur archaïque. École Voltaire, Châtenay-Malabry, Hauts-de-Seine

    Maître d’ouvrage : Ville de Châtenay-Malabry

    Maître d’œuvre : a+ / Samuel Delmas ; responsables projet : Solène Mondoloin, Nuno Florêncio

    Programme : construction d’un groupe scolaire accueillant 240 élèves en maternelle et 330 enfants en élémentaire, ALSH, restauration et cuisine collective (3 000 repas/jour) + espaces sportifs

    Surface : 5 940 m2

    Performances :bâtiment bas carbone ; label E3-C1 ; béton porteur damé sec à base de 100 % d’agrégats de recyclage (innovation en partenariat avec l’ADEME) ; plancher bois lesté de sable recyclé ; cloisonnement terre, chanvre et enduit argile

    Coût : 19,8 millions d’euros

    Calendrier : concours, 2019 ; livraison, printemps 2024


  • Giaime Meloni : la vie des formes architecturales

    Giaime Meloni découvre la photographie pendant ses études d’architecture à l’université de Cagliari, en Sardaigne. Il fait alors le choix de se consacrer à l’image, considérant cet engagement comme le prolongement naturel de sa vocation architecturale. Depuis 2018, il s’intéresse à deux archétypes du monde méditerranéen (et au-delà) : la colonne et le palmier. Sensible à l’analogie formelle qui unit ces deux formes, il les rassemble dans une série intitulée « Columns of Cultures ».
  • If buildings could talk1. Réhabilitation énergétique de l’École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille

    Maîtres d’ouvrage : École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille, ministère de la Culture

    Maîtres d’œuvre :Dadour de Pous architecture, mandataire (Stéphanie Dadour et Florian de Pous ; Félix Roy, chargé de projet, Marie Ménissier, Agathe Convert, Ildut Lesteven, Julien Sage-Thomas, Lucie Perrier) ; paysagisme, Cyrille Marlin ; environnement, Atmos Lab ; CVC et électricité, Espace Temps ; structure, LBA ; acousticien, Gui Jourdan ; coordination-pilotage, Principat ; économie, DS2E

    Surfaces: 6 132 m2 de surfaces existantes au sein du bâtiment Pierre Eldin concernées par l’optimisation énergétique de l’enveloppe

    Coût : 3,4 millions d’euros HT (valeur janvier 2024)

    Calendrier :projet concours, septembre 2021 ; études, octobre 2021-mai 2022 ; chantier, juin 2022-juillet 2023 



  • La parade du design

    La Villa Noailles, modèle de l’architecture moderne conçue par Robert Mallet-Stevens, accueille chaque été le festival « Design Parade » sur les hauteurs de la ville de Hyères. Créé en 2006 par Jean-Pierre Blanc et présidé par Pascale Mussard, cet événement expose le design contemporain à l’échelle internationale. Chaque édition présente dix projets de designers sélectionnés par un jury de huit professionnels et d’un président invité. Au cours de ce 18e festival, qui s’est déroulé du 27 au 30 juin (les artistes étant exposés jusqu’au 1er septembre), le jury présidé par Fabien Cappello a attribué le Grand Prix au duo Sacha Parent & Valentine Tiraboschi pour leur projet ornemental contemporain qui renouvelle la pratique du staff intitulé « Décor par le sable ». La designer Camille Sardet a présenté « Faire feu de tout bois », une bûche compressée innovante, tandis que le designer Vassili Tchernitchko a proposé « Primare & Olero », une nouvelle façon d’actionner la poignée de porte. Tout juste diplômés de l’ENSCI – Les Ateliers, ces quatre jeunes designers ont développé de nouveaux processus de production et de nouveaux usages à diverses échelles.

    <www.villanoailles.com>

  • La Soda - Adoucir l'usage

    La Soda va droit à l’essentiel lorsqu’ils parlent d’architecture. Les deux associés préfèrent mettre en avant la qualité de l’usage et les retombées locales de leurs projets plutôt que de parler de leur manière de « faire du projet ». Une humilité qui se retrouve dans leur architecture, composant entre intervention minimale, sobriété matérielle et hommage au déjà-là. Toujours dans le but, selon leurs propres termes, de rendre les lieux « merveilleusement habitables ».
  • L’architecture n’est pas une fin Entretien avec Nicola Delon (Encore Heureux), le 27 août 2024

    5, rue Curial, 11 h. Le Centquatre est encore fermé, j’interpelle un vigile à travers la grille et lui demande s’il peut prévenir l’agence Encore Heureux, avec laquelle j’ai rendez-vous. Il me fait entrer dans la cour arrière, d’où je peux apercevoir de loin la perspective de la longue halle vidée de ses danseurs et de ses artistes de rue.
    Je longe le bâtiment des résidents et Nicola Delon vient me chercher. Nous montons au deuxième étage. Une porte s’ouvre et je bascule dans un monde où chaque meuble, chaque plinthe, chaque élément de lambris a une identité et une trajectoire propre, comme un personnage de roman…

  • L’IMAGE ZÉRO

    Tendus vers le futur perpétuel des mises à jour, rares sont les architectes qui cherchent l’inspiration dans les vieilles productions numériques, plutôt vouées à l’oubli. Certaines images de CAO recèlent pourtant de richesses que la génération Y réévalue avec enthousiasme.
  • Menuiseries extérieures : sous le solaire exactement

    La RE2020 a posé de nouveaux jalons : la notion de bas carbone et le confort d’été. Face à ces enjeux, les industriels ad hoc soignent leurs solutions. Les menuiseries toujours plus grandes et plus fines pour favoriser clair de vitrage et lumière naturelle s’équipent de protections solaires qui mettent le cap sur l’intégration et l’invisibilité en façade. L’automatisation pour une gestion plus fine de l’amélioration énergétique des bâtiments devrait être en 2025 la tendance à suivre. Quant à la réparabilité, le recyclage et la circularité, elles sont devenues des préoccupations de filières. Dans un contexte du neuf encore très impacté par la baisse du nombre de constructions, toutes ces évolutions vont surtout bénéficier à la rénovation-réhabilitation.
  • Patrimoines en danger : état de lieux

    par Isabel Concheiro

    De nombreux quartiers sont encore menacés d’effacement, de déstructuration ou de dénaturation par la politique de l’ANRU. Isabel Concheiro, Maxime Faure et Adam W. Pugliese dressent le portrait de six d’entre eux et montrent comment les mobilisations des habitants, avec l’appui d’experts, parviennent – ou pas – à requestionner les projets de rénovation urbaine.

  • Quel avenir pour les concours d’architecture ? 3/6

    L’exigence de rendus copieux et d’équipes pléthoriques pousse-t-elle au crime ? Les architectes répondent.