Habiter signifie étymologiquement « vivre dans
un lieu ». La relation – ou non – du logement à son lieu est au
cœur de trois ouvrages parus cette année qui s’interrogent, chacun à sa
manière, sur les relations entre local et global, tradition et standardisation,
vernaculaire et progrès.
Dans Habiter,
ville et architecture, le troisième livre qu’il publie aux éditions de
l’EPFL, Jacques Lucan articule la question du lieu à celle du temps pour mettre
en perspective une histoire architecturale du logement de masse au XXe siècle,
avec toutes les réflexions, résistances, alternatives suscitées à mesure par
l’uniformisation de ses formes. Grand lecteur de Proust, qu’il convoque à
plusieurs reprises, l’auteur ouvre d’emblée sa réflexion et sa bibliothèque sur
cette recherche d’un temps perdu, qui a sous-tendu nombre de positions
théoriques autour du vernaculaire, du local ou du régional. Comment inscrire
l’architecture des logements à la fois dans leur époque et dans le temps plus
long des formes et des habitudes préexistantes ? Comment penser
l’universel et le particulier ? Acquiescer le banal ? Le transfigurer ?
En s’appuyant à mesure sur Paul Ricœur, Claude Lévi-Strauss, Fernand Braudel,
Jacques Lucan ouvre ces questions au moyen d’un vaste corpus de textes et de
projets jusqu’à interroger in fine la production
d’aujourd’hui depuis ses morphologies urbaines jusqu’au détail de ses
dispositifs intérieurs..