Copyright : ©Laurian Ghinitoiu

Maîtres d'ouvrages : Brighton College
Maîtres d'oeuvres : OMA et Ellen van Loon
Entreprises : Skelly and Couch, Fluid Engineering, Bradley-Hole Schoenaich, 

Ramboll, The Fire Surgery, Eight Associates
Surface SHON : 7 425 m²
Cout : 43,3 millions d'euros HT
Date de livraison : janvier 2020

Pavillon des sports et des sciences, Brighton College, Angleterre

Sur l’East Road, un porche néogothique nous permet d’accéder au cœur d’une hétérotopie hors du temps qui accueille la dernière réalisation d’OMA.

 

Brighton, une des premières stations thermales océaniques, s’est déployée face à la mer et au soleil à partir de la fin du XVIIIe siècle à moins de 100 kilomètres de Londres. Célèbre pour son Pavillon Royal, une fantaisie sino-indienne réalisée par John Nash, et sa jetée victorienne. Une infrastructure lancée vers le large qui permettait à l’origine aux curistes de bénéficier des embruns sans s’exposer au mal de mer. Recouverte de néons et de manèges, elle n’est plus aujourd’hui qu’une plateforme touristique sur laquelle se dressent halles de jeux d’arcade et attractions foraines. Tandis que le long de la voie côtière persistent des terraces couleur crème, de style Regency. Un continuum creusé de crescents ou de squares plantés qui en maximalisent le linéaire, dont les immeubles de trois ou quatre étages tentent à l’aide de bow-windows et d’autres excroissances vitrées de capter avidement le plus possible de lumière et de vues. 

Mais c’est sur East Road, l’une des voies arrières desservant la ville, que s’est implanté au XIXe siècle le Brighton College. Une institution qui a recruté Sir George Gilbert Scott, l’architecte de la gare de St. Pancras – anciennement le Midland Grand Hôtel –, pour en dessiner le monumental porche d’entrée et ses premiers bâtiments. Hérault du Gothic Revival, ce dernier a su ancrer l’établissement décontextualisé dans un passé de fiction.

À l’intérieur, c’est une ruche remplie d’enfants et d’adolescents de 11 à 18 ans, tous en uniforme : les garçons en costumes et cravates rayées et les filles en jupes plissées à carreaux. De nombreux bâtiments récents, témoignant de l’éclectisme contemporain, sont venus peu à peu occuper les interstices de cette véritable entreprise pédagogique qui n’hésite pas à s’exporter à l’étranger. Ainsi une filiale s’est-elle développée à Abou Dhabi pour les enfants des familles aristocratiques de l’émirat avides de partager une culture de caste à la fois ancrée dans le libéralisme et dans la tradition.

 

Exprimer la sérendipité

C’est au fond de cette enclave dense et isolée qu’une consultation a été lancée en 2015 pour deux nouvelles extensions bordant un vaste green destiné aux inévitables rugby et cricket : l’une consacrée aux sciences, l’autre aux sports. Alors que les autres équipes en compétition présentaient deux bâtiments indépendants, ajoutant de la confusion à cette accumulation hétéroclite de pavillons scolaires, la proposition d’OMA s’est rapidement imposée. C’est une construction unitaire et une frontière efficace entre la ville et les terrains de sport qu’elle dessert. Les programmes ont d’abord été transposés en bandes programmatiques, qui se sont ensuite superposées.

Ainsi le projet se décompose-t-il en trois strates distinctes. La première vient s’encastrer dans la pente naturelle qui monte vers le nord. Elle se définit comme un sol servant artificiel qui accueille la piscine, les douches et les vestiaires des salles comme des terrains de sport ainsi que les parkings des professeurs. Au-dessus d’elle flotte la nappe des sciences. Portée par de maigres béquilles, elle semble léviter et aligne vers l’est les salles de cours de physique, de chimie et de biologie qui montent en terrasse vers un toit recouvert de gazon synthétique et offrant des vues sur la ville et sur la mer. Tandis que dans l’entre-deux un grand vide accueille le parvis, le hall d’honneur, les salles de danse, de gymnastique et de sports collectifs, et articule les activités cérébrales du haut à celles, physiques, du bas.

Ce dispositif permet deux parcours distincts. Le premier profite du dénivelé pour pénétrer directement dans la nappe servante avant de monter rejoindre les salles ou les terrains de sport extérieurs. Tandis que le second suit le parvis en pente qui s’ouvre sur le grand hall et qui monte jusqu’aux salles de cours.

La desserte des différents niveaux est assurée par des volées d’escaliers décloisonnées qui serpentent derrière l’écran opalescent de la façade ouest, interdisant toute relation avec la ville. Un système de circulation qui favorise les perspectives piranésiennes vers des salles vitrées comme des aquariums, abritant les sports du rez-de-chaussée ou les travaux pratiques de l’étage. Toutes ces strates communiquent ainsi visuellement. Comme s’il s’agissait de donner une forme architecturale à la notion de sérendipité définissant les hasards et les rencontres fortuites qui bousculent le train-train des recherches pour favoriser des découvertes inattendues.

 

Machine célibataire

Cette construction trouve ses références dans de nombreux travaux de l’agence. Notamment dans le projet non réalisé pour le Centre de congrès d’Agadir (1990), qui était déjà composé d’un socle servant déterminant un relief, dans lequel venaient se lover les espaces de réception et les auditoriums, protégé par un vélum tramé de chambres d’hôtel regardant le ciel. Ou l’Educatorium d’Utrecht (1992-1995) constitué d’un sol programmatique montant en pente pour se courber et se plier étonnamment sur lui-même. Enfin la coupe schématique du concours des Halles (2003) cherchant à réconcilier les flux superposés de populations hétérogènes qui traversent le site.

Ici le projet parvient à favoriser les échanges, mais ils restent confinés dans l’entre-soi et la machine semble tourner à vide. On aurait rêvé d’un dispositif plus perturbant et plus critique pour ce territoire très hiérarchisé. À quoi bon faire communiquer des gens de la même classe, du même âge et qui, en tous points, se ressemblent ? N’aurait-il pas mieux valu chercher des communications avec l’extérieur, avec la ville et sa population cosmopolite, qu’établir des contacts avec des gens qui ne partagent rien entre eux et que tout oppose pour mieux promouvoir le savoir et la connaissance de demain.


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