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Maîtrise d’ouvrage : Epaurif pour l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Maîtrise d’œuvre : ChartierDalix architecture et design

BET TCE : Egis Bâtiments

BET HQE : Elioth

Acousticien : Acoustb

Paysagiste : D&H Paysages

Consultants patrimoine : Grahal

Programme : amphithéâtre de 500 places, 27 salles d’enseignement, 2 000 m2 SU de bibliothèque, 1 500 m2 de bureaux, deux logements de fonction

Surface : 9 710 m2 SDP

Coût : 22 millions d’euros HT

Livraison : juin 2019

Dans la quête parisienne des mètres carrés à réutiliser pour ne pas alourdir le bilan environnemental, les casernes militaires représentent un patrimoine à fort potentiel. Dans le 12e arrondissement, la caserne Reuilly mute en quartier d’habitat autour d’une place d’armes rendue publique et végétalisée. C’est aussi autour d’une place d’armes paysagère que la caserne Lourcine dans le 13e arrondissement se métamorphose en campus universitaire. Mais si une vision d’ensemble a précédé la transformation de la première, c’est par la réappropriation de cette place d’armes, dans la caserne Lourcine, que l’agence ChartierDalix insuffle un projet fédérateur à des reconversions égrenées dans le temps pour différents gestionnaires.


Dans l’agitation de la capitale, la mue de la caserne Lourcine apparaît discrète, se devinant par de rares échappées visuelles. Sur le boulevard, elle se laisse entrevoir sous le porche d’un immeuble des années 1950, objet d’une rénovation antérieure pour un internat d’excellence qui en a chagriné certains : le béton d’origine a disparu derrière une banale enveloppe thermique.  Les deux corps de logis de casernement construits au XIXe siècle, qui lui sont perpendiculaires, affichent la couleur sale de la pollution ; quant au bâtiment flanqué sur le quatrième côté, de facture récente, il semble toujours occupé par des logements de fonction.

C’est par une brèche que se découvre le nouveau campus… un jardin sur la place d’armes qui se déverse dans l’antre d’une architecture caverneuse. Passé l’effet de surprise, les architectes expliquent que ce n’était pourtant pas là l’objet de la consultation lancée par l’université de droit Paris 1. Le programme portait sur la restructuration des deux anciens corps de logis et, compte tenu de son ampleur, sur une extension qui fasse le lien entre les deux. Ni de la place d’armes, ni de sa possible disparition avec le projet d’extension, il n’était alors question.

 

Paysage

Les architectes voient pourtant dans ce lieu symbolique les prémices d’un projet fédérateur. Les discussions avec l’Epaurif, le maître d’ouvrage, s’engagent pour proposer un statut, une fonction, une qualité d’usage à ce lieu laissé en suspens. Ce sera un lieu de flux, de rassemblement, un paysage, le vestibule à ciel ouvert de la fac. Cœur battant de l’ancienne caserne, la place d’armes est pensée dès lors comme une scénographie. Sa topographie, remodelée, renoue avec la déclivité naturelle du sol (perceptible dans l’une des rues adjacentes). Trois escaliers accompagnent cette inflexion, qui s’entrecroisent et organisent selon leurs profils les rythmes des déplacements. Ils évoluent sur un parterre de graminées, choisies pour l’explosion des couleurs et des textures à venir, en contrepoint à l’alignement bien rangé des platanes préservés. Les architectes disent s’être inspirés du travail du paysagiste et botaniste néerlandais Piet Oudolf pour concevoir cette strate arbustive basse comme un tableau vivant.

 

Dissimulation

La fusion entre paysage et architecture s’exprime aussi dans le choix de l’acier autopatinable, un matériau couleur terre qui accepte les marques du temps, et se répand dans les escaliers, sur le sol du parvis en contrebas et jusqu’à l’intérieur de la galerie, entrée principale des lieux. Son dispositif d’enfouissement s’applique à toute l’extension. L’existence d’un parking, en infrastructure des logements de fonction, a en effet été mise à profit pour accueillir une partie du programme. Un choix raisonné qui vise à économiser matières et ressources.

Ce corps dissimulé sous une épaisseur de terre plantée irrigue l’ensemble du campus, en devient la plaque tournante, entre les deux bâtiments historiques. Dans l’axe, la galerie plonge dans l’amphithéâtre calé précisément entre les fondations du parking. S’il en exploite la capacité, la jauge de 500 places nécessitait de moduler l’inclinaison du gradinage de manière à optimiser les cônes de vision. L’escalier suit ce mouvement, les variations des contremarches participant à séquencer la descente depuis le point haut de la place d’armes (moins 10 mètres).

 

Mesure

Paysage, enfouissement, le troisième acte de la mutation tire parti des qualités et des contraintes du patrimoine du XIXe siècle. La mesure a, là encore, guidé les interventions. Les refends sont conservés, salles de lecture et salles de classe se pliant à leur trame, quitte à déroger légèrement aux surfaces standard du cahier des charges. La distribution des étages est désormais déportée en façade pour mieux capter la lumière naturelle depuis l’enfilade cadencée des baies. Mais les ouvertures du couloir central d’origine n’ont pas été obturées, afin de rendre possible la mise en relation des salles de cours.

Fil conducteur de la restructuration, l’intégrité des volumes est préservée dans l’ensemble. Les imposantes piles du sous-sol sont encore visibles, comme les voûtains des planchers : un simple flocage assure la tenue au feu et la qualité acoustique. Cette esthétique frugale se conjugue à l’ouvrage plus précieux des tables de lecture en bois de chêne et à celui plus héroïque de l’escalier hélicoïdal en métal brut.

La fluidité qui imprègne l’enclave militaire pose les bases de son ouverture sur la ville. On souhaiterait connaître les intentions du maître d’ouvrage pour le dernier bâtiment à muter, la transformation des logements de fonction en résidence étudiante. Tout est prêt pour une connexion avec le centre universitaire construit par Jacques Ripault dans les années 1990, de l’autre côté de la rue. Sous réserve que le futur projet se saisisse de l’invitation à la porosité du nouveau campus.

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