Maîtrise d’œuvre :
ChartierDalix architecture et design
BET TCE : Egis Bâtiments
BET HQE : Elioth
Acousticien : Acoustb
Paysagiste : D&H Paysages
Consultants patrimoine : Grahal
Programme : amphithéâtre de 500 places,
27 salles d’enseignement, 2 000 m2 SU de
bibliothèque, 1 500 m2 de bureaux, deux logements de
fonction
Surface : 9 710 m2 SDP
Coût : 22 millions
d’euros HT
Livraison :
juin 2019
C’est par une brèche que se découvre le nouveau campus… un jardin sur la place d’armes qui se déverse dans l’antre d’une architecture caverneuse. Passé l’effet de surprise, les architectes expliquent que ce n’était pourtant pas là l’objet de la consultation lancée par l’université de droit Paris 1. Le programme portait sur la restructuration des deux anciens corps de logis et, compte tenu de son ampleur, sur une extension qui fasse le lien entre les deux. Ni de la place d’armes, ni de sa possible disparition avec le projet d’extension, il n’était alors question.
Paysage
Les architectes voient pourtant dans ce lieu symbolique les prémices d’un projet fédérateur. Les discussions avec l’Epaurif, le maître d’ouvrage, s’engagent pour proposer un statut, une fonction, une qualité d’usage à ce lieu laissé en suspens. Ce sera un lieu de flux, de rassemblement, un paysage, le vestibule à ciel ouvert de la fac. Cœur battant de l’ancienne caserne, la place d’armes est pensée dès lors comme une scénographie. Sa topographie, remodelée, renoue avec la déclivité naturelle du sol (perceptible dans l’une des rues adjacentes). Trois escaliers accompagnent cette inflexion, qui s’entrecroisent et organisent selon leurs profils les rythmes des déplacements. Ils évoluent sur un parterre de graminées, choisies pour l’explosion des couleurs et des textures à venir, en contrepoint à l’alignement bien rangé des platanes préservés. Les architectes disent s’être inspirés du travail du paysagiste et botaniste néerlandais Piet Oudolf pour concevoir cette strate arbustive basse comme un tableau vivant.
Dissimulation
La fusion entre paysage et architecture s’exprime aussi dans le choix de l’acier autopatinable, un matériau couleur terre qui accepte les marques du temps, et se répand dans les escaliers, sur le sol du parvis en contrebas et jusqu’à l’intérieur de la galerie, entrée principale des lieux. Son dispositif d’enfouissement s’applique à toute l’extension. L’existence d’un parking, en infrastructure des logements de fonction, a en effet été mise à profit pour accueillir une partie du programme. Un choix raisonné qui vise à économiser matières et ressources.
Ce corps dissimulé sous une épaisseur de terre plantée irrigue l’ensemble du campus, en devient la plaque tournante, entre les deux bâtiments historiques. Dans l’axe, la galerie plonge dans l’amphithéâtre calé précisément entre les fondations du parking. S’il en exploite la capacité, la jauge de 500 places nécessitait de moduler l’inclinaison du gradinage de manière à optimiser les cônes de vision. L’escalier suit ce mouvement, les variations des contremarches participant à séquencer la descente depuis le point haut de la place d’armes (moins 10 mètres).
Mesure
Paysage, enfouissement, le troisième acte de la mutation tire parti des qualités et des contraintes du patrimoine du XIXe siècle. La mesure a, là encore, guidé les interventions. Les refends sont conservés, salles de lecture et salles de classe se pliant à leur trame, quitte à déroger légèrement aux surfaces standard du cahier des charges. La distribution des étages est désormais déportée en façade pour mieux capter la lumière naturelle depuis l’enfilade cadencée des baies. Mais les ouvertures du couloir central d’origine n’ont pas été obturées, afin de rendre possible la mise en relation des salles de cours.
Fil conducteur de la restructuration, l’intégrité des volumes est préservée dans l’ensemble. Les imposantes piles du sous-sol sont encore visibles, comme les voûtains des planchers : un simple flocage assure la tenue au feu et la qualité acoustique. Cette esthétique frugale se conjugue à l’ouvrage plus précieux des tables de lecture en bois de chêne et à celui plus héroïque de l’escalier hélicoïdal en métal brut.
La fluidité qui imprègne l’enclave militaire pose les bases de son ouverture sur la ville. On souhaiterait connaître les intentions du maître d’ouvrage pour le dernier bâtiment à muter, la transformation des logements de fonction en résidence étudiante. Tout est prêt pour une connexion avec le centre universitaire construit par Jacques Ripault dans les années 1990, de l’autre côté de la rue. Sous réserve que le futur projet se saisisse de l’invitation à la porosité du nouveau campus.






