L’exploitation du charbon s’est accompagnée de celle de la
main-d’œuvre qui lui était indispensable. Elle était logée à moindre coût, avec
un confort minimal, dans ces corons conçus par les ingénieurs des compagnies.
Véritables inventions, l’architecture mineure des corons ne relève pas du
vernaculaire. Leur singularité tient à ce qu’ils se situent à la croisée de
racines rurales et urbaines, paysannes et prolétaires. Ils ont formé le terreau
d’une culture singulière, à la fois quotidienne et collective, domestique et
solidaire, issue des conditions de vie partagées par les mineurs et leurs
familles. Elle s’est effondrée avec la fin de l’économie charbonnière comme en
témoignent les photographies de Thierry Girard présentées par ailleurs (voir pp
16 à 23). S’était mise en place une typologie particulière, qu’énonce à elle
seule la Cité des électriciens, parmi les plus anciens corons du Nord. Des
barreaux nord-sud ou est-ouest regroupent des logements traversants de deux
niveaux. D’autres barreaux, plus épais, orientés est-ouest, regroupent des
logements mono-orientés dos à dos. Des ruelles et des voyettes les desservent,
ainsi que les jardins vivriers qui disposent de carins, cabanes autonomes
servant d’abris pour les différentes activités domestiques ou jardinières.
Briques, tuiles et bois sont les seuls matériaux de construction utilisés,
imprimant aux édifices leur modénature, leur couleur et leur facture à la fois
modeste et impeccable. La résurrection de la Cité, dont l’agonie s’était
longuement prolongée, a été entreprise sous l’impulsion de la mission Bassin
minier. Elle a été divisée en deux opérations, l’une de réhabilitation des
logements sociaux, menée par un organisme héritier des offices HLM
gestionnaires de l’énorme patrimoine immobilier des Charbonnages, l’autre par
la communauté d’agglomération porteuse du Centre d’interprétation du bassin
minier. Les deux architectes sont issus de l’école de Chaillot et ont chacun
une bonne connaissance de ce pays – Jennifer Didelon pour avoir mené une
mission sur la réhabilitation de son bâti ordinaire, Philippe Prost après son
Anneau de la mémoire au mémorial de Notre-Dame de Lorette. Ils ont partagé leur
intelligence, leurs compétences et souvent les intervenants pour unifier leurs
opérations, quand bien même ils disposaient de moyens différents. Le programme
de Centre d’interprétation a trouvé toutes ses dimensions avec Isabelle
Mauchin, la directrice nommée en cours de route. C’est une sorte de petite
utopie qu’elle a conçue, une thébaïde qui croise les citoyens du cru, les
visiteurs des expositions permanentes et temporaires avec des résidents
artistes et des résidents d’occasion, tous profitant de jardins qui retrouvent
leur vocation initiale en approvisionnant le restaurant qui nourrit tout le
monde. Ouverte sur Bruay et intégrée à la vie de ses habitants, la Cité est
vivante – en aucun cas un enclos touristique ou cultureux – et propose des
événements en même temps que des activités pédagogiques. Conjuguées, les deux
opérations offrent une démonstration collatérale. Il se trouve maintenant dans
la Cité un logement restauré, muséographié, témoin d’un état initial. Les
autres ont été transformés en gîtes ou en logements-ateliers pour artistes.
D’autres encore ont gardé leur vocation de logements sociaux, mais aux
standards d’aujourd’hui. Tous étaient sous la contrainte bas carbone, basse
consommation. Ce sont ainsi des variations dans l’art de la réhabilitation qui
sont déclinées ici. Elles font leçon en offrant un échantillonnage de logements
de très grande qualité, tous originaux et tous bien supérieurs à ce qu’ils
auraient été s’ils avaient été construits à neuf. Ils disent ce que pourrait
être le monde de demain : réinventé, recyclé, économe, authentique, inscrit
dans la culture des lieux, nourri par les aspirations du présent pour mieux ouvrir
à l’avenir. Quelle utopie, quel rêve, quelle nécessité!
Cité des électriciens, Bruay-la-Buissière, Pas-de-Calais
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