Copyright : ©Serge DEMAILLY

Maîtres d'ouvrages : Institut de France, maître d’ouvrage délégué : Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture (OPPIC)
Maîtres d'oeuvres : Atelier Marc Barani ; Julien Campagne (chef de projet), Charly Peu, Elise bon, Niclas Dünnebacke
Entreprises : scénographe, Ducks Sceno ; BET structure, Khephren Ingénierie ; BET fluides Alto Ingénierie ; économiste, HQE EVALUE ; acousticien, Jean-Paul Lamoureux ; OPC CICAD ; designer, Cécile Barani ; 1 % artistique, Laurent Grasso 
Surface SDO : 3 445 m2 ; 

Surface utile : 2 410 m2 

Date de livraison : décembre 2018


Champion incontesté des situations complexes, nous retrouvons Marc Barani au sortir d’une nouvelle mission difficile. après la colline découpée du cimetière saint-Pancrace à roquebrune-Cap-Martin, le pôle multimodal du tramway de nice ou la transformation en Palais des congrès du Centre de tri de nancy : il vient de terminer l’auditorium de l’académie française dans un site enclavé entre des monuments historiques, sous le regard suspicieux des occupants des lieux.


L’Institut de France, le chef-d’œuvre baroque de Louis Le Vau : un édifice qui s’offre monumentalement sur la Seine pour s’enfoncer en biais entre la cité médiévale et le faubourg Saint-Germain en suivant le tracé de la tour de Nesle et de l’ancienne enceinte de Philippe Auguste. L’architecte de Vaux-le-Vicomte, au sommet de son art, est parvenu à établir une organisation symétrique, axée sur sa coupole, dans une parcelle étroite et biscornue. Ainsi la grande façade en hémicycle fonctionne comme une rotule qui permet d’articuler clairement le quai du fleuve au tracé oblique de l’ancienne limite de la ville. C’est à ce genre de complexité qu’a été confronté Marc Barani, qui avait pour tâche d’élever un auditorium au fond du système de cours en enfilade qui distribue les communs. Le nouvel équipement se dresse dans la troisième et dernière cour, dans une parcelle que vient de restituer la Monnaie de Paris, qui l’avait empruntée deux siècles auparavant. Un ancien jardin saturé par les constructions utilitaires édifiées par la manufacture pendant la durée du prêt. Contrairement au projet de Dominique Perrault qui avait, lors du concours, habilement lancé un objet tissé de larges bandes de cuivre au centre de l’espace sans chercher à en dénouer le nœud gordien, Marc Barani s’est engagé dans un improbable un corps à corps avec les différentes strates archéologiques de ce palimpseste. Il a conservé une halle métallique autrefois édifiée par la Monnaie de Paris pour en faire un hall d’accueil, joué avec le mur qui séparait les deux établissements et s’est plongé dans d’interminables débats avec les défenseurs du patrimoine dont regorge l’institution.

 

 

Table

 

 L’architecte de Nice – le pays des pentes – semble avoir d’abord instinctivement cherché à instaurer un sol parfaitement plat sur ce terrain qui présente une légère déclivité. Comme si la conquête de l’horizontale était le préalable absolu à toutes formes d’installation. Ce sol exhaussé est ensuite sculpté et raboté afin d’y intégrer les escaliers et les rampes qui permettent à tous les publics de s’y hisser depuis les deux entrées : celle orientée vers la Seine et celle tournée vers la rue  Mazarine. Ce sol permet aussi, comme sur une table, la rencontre fortuite de deux objets sans commune mesure : la légère halle, dernier témoin de l’occupation de l’Académie par son puissant voisin, et le lourd auditorium qui s’enfonce, élevant comme une proue de cargo la sous-face oblique de ses gradins.


Nous sommes sur ce socle dans le hall totalement libre et ouvert sur la troisième cour. Un mur immatériel reprend le tracé de l’ancienne frontière entre les deux institutions. Aucune menuiserie n’apparaît entre ses hauts vitrages dont la mise en œuvre ressemble à un tour de prestidigitation. De même, le long bloc contenant les bureaux semble flotter au-dessus de nos têtes comme si l’espace était désormais liquide. Allons vers l’auditorium. Ouvrons la porte qui nous projette directement au milieu des gradins dans un espace dont rien ne pouvait nous laisser présager la hauteur et l’ampleur. Sur le sol clair et réverbérant qui se creuse viennent se poser des murs et un plafond structurés par de profonds caissons sombres qui piègent le son. Mais la plus grande surprise vient de l’introduction de la lumière naturelle qui tombe à contre-jour par une ouverture en L séparant la boîte en pierre de la scène de celle en bois de la salle. Une utilisation de la lumière qui permet virtuellement à l’espace de se poursuivre sans fin derrière la scène et de nous faire oublier l’encastrement étouffant de cette construction dans son contexte très dense. Ce minimalisme est immédiatement mis en crise par le dessin des gradins qui sont d’abord parallèles au mur du fond de la salle, puis qui s’arrondissent en descendant pour former tout en bas un parfait arc de cercle. Comme si les sièges s’émancipaient de la géométrie rigoureuse de l’espace pour retrouver naturellement la forme archaïque d’une assemblée spontanée devant un orateur.

 

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