Copyright : ©Daniel MOULINET

Maître d'ouvrage : privé

Maître d'oeuvre : arba-

Entreprises :   BET thermique : Effilios – Entreprise bois : Barcque Charpentes – Menuiserie : Joly&Colas 

Surface SHON : 108 m2 

Cout :  266 000 euros HT 

Date de livraison : 2017

Développée autour d’une boucle de la seine à côté de Fontainebleau, la ville de thomery présente des conditions très singulières d’implantation du bâti. le parcellaire est en effet déterminé par la présence de centaines de murs à vignes. La trame de la commune est ainsi composée d’épaisses lames parallèles en pierre, espacées de 6 à 8 mètres, telle une architecture préexistante à tout projet.


Pour aborder l’insertion d’une maison individuelle située sur un terrain non seulement bordé mais également recoupé dans sa longueur par un de ces fameux murs de vignes, les architectes se sont interrogés sur la valeur de cet héritage : « Fallait-il le détruire, s’en libérer, l’oublier et recréer du neuf ? Réutiliser ses pierres ? Fallait-il garder cet objet intact, le “respecter” comme un arbre ou un objet de patrimoine ? Quelle est la liberté d’un architecte face à l’existant ? Nous avons considéré ce mur – bien encombrant, il faut l’avouer – comme un écosystème et comme une partie prenante du terrain. La maison est donc simplement une intervention sur ce mur. » Implantée entre l’un des deux murets limitrophes du parcellaire et le mur à vignes intérieur que les maîtres d’œuvre se sont contentés d’entrouvrir, la maison présente un plan en croix sur double hauteur et deux niveaux, ménageant un vaste espace principal au rez-de-chaussée entouré d’une coursive périphérique protégée. Juxtaposées à ce dispositif de circulation extérieure, les emprises maçonnées permettent une mise en tension des espaces mais également leur élargissement, leur dilatation. Elles définissent plusieurs frontalités : trois jardins distincts – au sud, à l’est et à l’ouest – offrant un ensoleillement continu tout au long de la journée.

 

Une maison-scène

Entre murs à vignes et façades, l’espace intermédiaire abrité par le large débord de toiture permet à lui seul d’opérer la liaison visuelle et physique entre les jardins, dont on ne peut faire le tour en marchant sur le sol naturel. Très efficace en termes de ventilation naturelle, cet entre-deux est le lieu activateur de la mobilité des habitants : un intérieur en dehors des limites de la maison permettant de sortir de l’enveloppe. Orientés sud, les châssis d’une fenêtre à galandage disparaissent de part et d’autre du mur de pierre entrouvert situé à l’intérieur de la parcelle et renforcent cette volonté d’établir un rapport direct avec le dehors. Le muret fait ainsi office de façade principale de cette maison invisible dans sa totalité. Plutôt qu’une maison-objet, il s’agit là d’une maison-scène tant elle concentre et distribue les points de vue. Nourris de cadrages et de mouvements circulaires, son rayonnement et sa configuration rappellent la disposition du théâtre multifrontal, apparu au XIXe siècle. Le rigorisme du plan, presque carré, la triple orientation et l’espace libéré en léger surplomb ajoutent à cet imaginaire scénique. Dégagé de toute descente de charges centrales, le rez-de-chaussée capte l’animation verticale offerte par l’atrium et tout en même temps celle des jardins en visà-vis. Les niveaux supérieurs accueillant des chambres et un espace de travail donnent sur ce vide central. En apparence contraignante, cette organisation et ces contingences liées au tramage existant offrent au contraire des conditions de gradation et d’habitabilité très riches. En brouillant les limites entre dedans et dehors, elles octroient aux habitants un mode de vie ouvert et fluide, permettent des déplacements tant périphériques que centraux, offrent des manières de s’asseoir tout autour de chez soi en étant protégé et en éveil. Pour construire ces situations entre cadre et liberté, les architectes ont opté pour un système constructif tout bois en travaillant avec le même artisan pour des fondations jusqu’aux espaces intérieurs. Constituée de quatre fermes, d’un double entrait bas moisé formant poutre pour le plancher du R+1, et d’un entrait retroussé formant poutre pour le R+2, la charpente est en épicéa et tous les assemblages sont boulonnés. Les murs à ossatures bois assurent les contreventements et sont stabilisés par des panneaux multifonctions (MFP) – panneaux préfabriqués composés de particules de bois. Ces derniers font également office de second œuvre, évitant ainsi tout doublage. Ils sont laissés apparents à l’intérieur et simplement peints en blanc. La vêture extérieure, quant à elle, est en contreplaqué d’okoumé enduit de résine de pin noire.

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