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Maîtres d'ouvrages : Qatar Foundation 
Maîtres d'oeuvres : OMA, Rem Koolhaas et Ellen Van Loon – associé : Kunlé Adeyemi ; chefs de projet sur site : Vincent Kersten, Gary Owen
Surface SHON : 32 000 m
Date de livraison : automne 2017 

Depuis un an, l’agence de Rotterdam livre un nombre impressionnant de bâtiments à travers le monde. Cette intense production n’a pas entamé, bien au contraire, l’inventivité et la rigueur d’exécution de leurs projets. D’a n’a rendu compte que des trois réalisations françaises : à Caen, Saclay et Paris. Nous avons visité avec Rem Koolhaas les deux édifices qu’il vient de livrer à Doha : la Qatar Foundation et la Qatar National Library. Inventives, ces architectures ne s’inscrivent pas moins dans un processus cumulatif de réactions aux mutations qu’analyse sans relâche son agence. Comment l’architecture doit-elle réagir aux bouleversements économiques, culturels et politiques ? À Doha, la stratégie koolhaassienne a trouvé un lieu idéal de mise à l’épreuve : un programme de prédilection (une bibliothèque), un État plus fort que le marché et une rencontre imprévue mais féconde avec l’optimisme utopique des métabolistes japonais.

 

Pour comprendre ce qui se joue dans l’architecture des pays du Golfe, il faut d’abord se départir d’une certaine arrogance européo-centriste. Si de nombreux bâtiments édifiés ces dernières années au Moyen-Orient relèvent d’une emphase kitsch débridée, c’est avec un sérieux et une maîtrise qui n’a rien à envier aux nôtres qu’ils abordent parfois les questions urbaines et architecturales. La table « naturellement » rase des territoires qu’offrent presque toujours les pays du Golfe et la taille souvent hors du commun de ces programmes en font un lieu d’expérimentation de la « Bigness », ce terme conceptualisé par Rem Koolhaas en 1994 : « Par leur seule taille, ces bâtiments entrent dans un domaine amoral, par-delà le bien et le mal. Leur impact est indépendant de leur qualité1. » Pour l’architecte, les émirats sont aussi le lieu d’une redéfinition du concept de culture dans lequel sciences, culture, art, éducation, sport, religion et média ne sont plus envisagés séparément mais conjointement. Contrairement à d’autres pays du Golfe, notamment l’Arabie saoudite, le Qatar entend incarner une image plus œcuménique des cultures islamiques, à l’image de son musée d’Art islamique qui accueille des œuvres des trois continents. Une volonté qui aujourd’hui lui vaut d’ailleurs l’inimitié de ses voisins.

 

Tokyo, Doha, Rotterdam

Le siège la Fondation du Qatar et la bibliothèque s’inscrivent scrupuleusement dans le plan d’urbanisme établi par l’agence d’Arata Isozaki. Sous protectorat britannique jusqu’en 1961, comme beaucoup d’émirats du Golfe, le Qatar a préféré après son indépendance se tourner vers des pays non occidentaux comme le Japon. Après Kenzo Tange, c’est Arata Isozaki qui en 1995 a été chargé de dessiner les nouveaux plans d’Education City, un campus de 14 kilomètres carrés dédié à l’enseignement, la recherche et les loisirs. (...)

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